HUG_23/HUG1031
Victor Hugo
LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
1881
III
LE LIVRE LYRIQUE
— LA DESTINÉE —
IX
EN ÉCOUTANT CHANTER
LA PRINCESSE ***
         Dans ta haute demeure 6
         Dont l’air est étouffant, 6
         De l’accent dont on pleure 6
         Tu chantes, douce enfant. 6
5 Tu chantes, jeune fille. 6
         Ton père, c’est le roi. 6
         Autour de toi tout brille, 6
         Mais tout soupire en toi. 6
         Pense, mais sans rien dire ; 6
10 Aimer t’est défendu ; 6
         Doux être, ton sourire 6
         En naissant s’est perdu. 6
         Tu te sens épousée 6
         Par une main qui sort 6
15 Inconnue et glacée 6
         De cette ombre, le sort. 6
         Ton cœur, triste et sans ailes, 6
         Est dans ce gouffre noir 6
         À des profondeurs telles 6
20 Que tu ne peux l’avoir. 6
         Tu n’es qu’altesse encore, 6
         Tu seras majesté. 6
         Bien qu’un reflet d’aurore 6
         Sur ton front soit resté, 6
25 Enfant chère aux armées, 6
         Déjà nous te voyons 6
         Dans toutes les fumées 6
         Et dans tous les rayons. 6
         Ton parrain est le pape ; 6
30 Vierge, il t’a dit : Ave ! 6
         Quand tu passes, on frappe 6
         Des piques le pavé. 6
         Comme Dieu l’on t’encense ; 6
         Toi-même as le frisson 6
35 De la toute-puissance 6
         Mêlée à ta chanson. 6
         De vieux légionnaires 6
         Te gardent, fiers, soumis ; 6
         Et l’on voit des tonnerres 6
40 À ta porte endormis. 6
         Autour de toi se creuse 6
         L’éclatant sort des rois. 6
         Tu serais plus heureuse 6
         Fauvette dans les bois. 6
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