HUG_23/HUG1039
Victor Hugo
LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
1881
III
LE LIVRE LYRIQUE
— LA DESTINÉE —
XVI
À MA FILLE ADÈLE
         Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche, 12
         Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ; 12
         Ton pur sommeil était si calme et si charmant 12
         Que tu n’entendais pas l’oiseau chanter dans l’ombre ; 12
5 Moi, pensif, j’aspirais toute la douceur sombre 12
         Du mystérieux firmament. 8
         Et j’écoutais voler sur ta tête les anges ; 12
         Et je te regardais dormir ; et sur tes langes 12
         J’effeuillais des jasmins et des œillets sans bruit ; 12
10 Et je priais, veillant sur tes paupières closes ; 12
         Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses 12
         Qui nous attendent dans la nuit. 8
         Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche, 12
         Faite d’ombre, sera si morne et si farouche 12
15 Que je n’entendrai pas non plus chanter l’oiseau ; 12
         Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe, 12
         Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe 12
         Ce que j’ai fait pour ton berceau. 8
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