HUG_23/HUG1063
Victor Hugo
LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
1881
III
LE LIVRE LYRIQUE
— LA DESTINÉE —
XL
LA NUIT
PENDANT QUE LES PÊCHEURS SONT EN MER
         Les visions se répandent 7
         Dans le firmament terni ; 7
         De hideux nuages pendent 7
         Au noir plafond infini ; 7
5 L’étoile y vient disparaître ; 7
         Il semble qu’une main traître, 7
         Guettant les astres vermeils, 7
         Au fond de l’ombre indignée, 7
         Tend ses toiles d’araignée 7
10 Pour ces mouches, les soleils. 7
         L’arbre se tord sur la côte ; 7
         Le flot s’acharne au récif ; 7
         Une clameur triste et haute 7
         Avertit l’homme pensif ; 7
15 L’écume roule, avalanche ; 7
         La lame féroce et blanche 7
         Luit comme l’yatagan ; 7
         La terre sanglote et souffre, 7
         Livrée aux baisers du gouffre, 7
20 Au viol de l’ouragan. 7
         La mer n’est plus qu’épouvante ; 7
         Le ciel s’effare ; on dirait 7
         Que la nature vivante 7
         Devient songe et disparaît ; 7
25 Tout prend l’aspect et la forme 7
         D’une horrible ébauche énorme 7
         Ou d’un grand rêve détruit ; 7
         Les ténèbres en décombres 7
         Emplissent de leurs blocs sombres 7
30 L’antre immense de la nuit. 7
         Ah ! N’est-ce pas, Dieu sublime, 7
         Dieu qui fis l’arche et le pont, 7
         Que tout naufrage est un crime 7
         Et que quelqu’un en répond ? 7
35 S’il manque une seule tête, 7
         Tu puniras la tempête ; 7
         Tu sais, toi qui nous défends 7
         Et qui fouilles les repaires, 7
         Le compte de tous les pères, 7
40 Le nom de tous les enfants ! 7
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