HUG_23/HUG1075
Victor Hugo
LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
1881
III
LE LIVRE LYRIQUE
— LA DESTINÉE —
LII
         Ô rois, de qui je vois les royaumes, là-bas, 12
         Au fond d’un gouffre plein de foudre et de combats, 12
         Je ne sais pas combien de temps Dieu vous accorde ; 12
         Mais je sais qu’il me donne en sa miséricorde 12
5 Un petit coin de terre où la rose fleurit. 12
         La vaste mer connaît mon île et lui sourit, 12
         Et murmure à mes pieds son doux épithalame, 12
         Et je ne connais rien de plus calmant pour l’âme 12
         Que cette solitude immense, où j’ai des fleurs. 12
10 Les frais zéphyrs de mai, mystérieux souffleurs, 12
         Me chuchotent des vers de Virgile à l’oreille ; 12
         Le printemps n’admet pas ce qui le dépareille, 12
         Il chasse grêle et neige, et sur l’hiver descend 12
         Avec le gai courroux d’un enfant tout-puissant ; 12
15 L’aurore et la jeunesse entrent en équilibre ; 12
         Partout éclate et rit la grande leçon libre 12
         D’amour, que chacun donne et que chacun reçoit ; 12
         Nul n’échappe à la loi divine, quel qu’il soit ; 12
         La jeune fille montre au jeune homme la mousse ; 12
20 Le petit oiseau voit comment la feuille pousse 12
         Autour de l’humble nid, par le chêne adopté ; 12
         Le papillon enseigne au lys la volupté ; 12
         Je contemple ce tas d’écoles buissonnières ; 12
         Et je hais l’affreux vent qui gonfle vos bannières ! 12
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