HUG_7/HUG627
Victor Hugo
Les Chansons des rues et des bois
1865
LIVRE PREMIER
JEUNESSE
IV
POUR D'AUTRES
V
CHELLES
         J'aime Chelle et ses cressonnières, 8
         Et le doux tic-tac des moulins 8
         Et des cœurs, autour des meunières ; 8
         Quant aux blancs meuniers, je les plains. 8
5 Les meunières aussi sont blanches ; 8
         C'est pourquoi je vais là souvent 8
         Mêler ma rêverie aux branches 8
         Des aulnes qui tremblent au vent. 8
         J'ai l'air d'un pèlerin ; les filles 8
10 Me parlent, gardant leur troupeau ; 8
         Je ris, j'ai parfois des coquilles 8
         Avec des fleurs, sur mon chapeau. 8
         Quand j'arrive avec mon caniche, 8
         Chelles, bourg dévot et coquet, 8
15 Croit voir passer, fuyant leur niche, 8
         Saint Roch, et son chien saint Roquet. 8
         Ces effets de ma silhouette 8
         M'occupent peu ; je vais marchant, 8
         Tâchant de prendre à l'alouette 8
20 Une ou deux strophes de son chant. 8
         J'admire les papillons frêles 8
         Dans les ronces du vieux castel ; 8
         Je ne touche point à leurs ailes. 8
         Un papillon est un pastel. 8
25 Je suis un fou qui semble un sage. 8
         J'emplis, assis dans le printemps, 8
         Du grand trouble du paysage 8
         Mes yeux vaguement éclatants. 8
         Ô belle meunière de Chelles, 8
30 Le songeur te guette effaré 8
         Quand tu montes à tes échelles, 8
         Sûre de ton bas bien tiré. 8
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