HUG_7/HUG651
Victor Hugo
Les Chansons des rues et des bois
1865
LIVRE PREMIER
JEUNESSE
V
SILHOUETTES DU TEMPS JADIS
XVI
LES TROP HEUREUX
         Quand avec celle qu'on enlève, 8
         Joyeux, on s'est enfui si loin, 8
         Si haut, qu'au-dessus de son rêve 8
         On n'a plus que Dieu, doux témoin ; 8
5 Quand, sous un dais de fleurs sans nombre, 8
         On a fait tomber sa beauté 8
         Dans quelque précipice d'ombre, 8
         De silence et de volupté ; 8
         Quand, au fond du hallier farouche, 8
10 Dans une nuit pleine de jour, 8
         Une bouche sur une bouche 8
         Baise ce mot divin : amour ! 8
         Quand l'homme contemple la femme, 8
         Quand l'amante adore l'amant, 8
15 Quand, vaincus, ils n'ont plus dans l'âme 8
         Qu'un muet éblouissement, 8
         Ce profond bonheur solitaire, 8
         C'est le ciel que nous essayons. 8
         Il irrite presque la terre 8
20 Résistante à trop de rayons. 8
         Ce bonheur rend les fleurs jalouses 8
         Et les grands chênes envieux, 8
         Et fait qu'au milieu des pelouses 8
         Le lys trouve le rosier vieux ; 8
25 Ce bonheur est si beau qu'il semble 8
         Trop grand, même aux êtres ailés ; 8
         Et la libellule qui tremble, 8
         La graine aux pistils étoilés, 8
         Et l'étamine, âme inconnue 8
30 Qui de la plante monte au ciel, 8
         Le vent errant de nue en nue, 8
         L'abeille errant de miel en miel, 8
         L'oiseau, que les hivers désolent, 8
         Le frais papillon rajeuni, 8
35 Toutes les choses qui s'envolent, 8
         En murmurant dans l'infini. 8
mètre profil métrique : 8
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