HUG_9/HUG693
Victor Hugo
L'année terrible
1872
NOVEMBRE
V
EN VOYANT FLOTTER SUR LA SEINE
DES CADAVRES PRUSSIENS
         Oui, vous êtes venus et vous voilà couchés ; 12
         Vous voilà caressés, portés, baisés, penchés, 12
         Sur le souple oreiller de l'eau molle et profonde ; 12
         Vous voilà dans les draps froids et mouillés de l'onde ; 12
5 C'est bien vous, fils du Nord, nus sur le flot dormant ! 12
         Vous fermez vos yeux bleus dans ce doux bercement. 12
         Vous aviez dit : « — Allons chez la prostituée. 12
         Babylone, aux baisers du monde habituée, 12
         Est là-bas ; elle abonde en rires, en chansons ; 12
10 C'est là que nous aurons du plaisir ; ô Saxons, 12
         O Germains, vers le Sud tournons notre œil oblique, 12
         Vite ! en France ! Paris, cette ville publique, 12
         Qui pour les étrangers se farde et s'embellit, 12
         Nous ouvrira ses bras… » — Et la Seine son lit. 12
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