HUG_9/HUG699
Victor Hugo
L'année terrible
1872
DÉCEMBRE
I
         Ah ! c'est un rêve ! non ! nous n'y consentons point. 12
         Dresse-toi, la colère au cœur, l'épée au poing, 12
         France ! prends ton bâton, prends ta fourche, ramasse 12
         Les pierres du chemin, debout, levée en masse ! 12
5 France ! qu'est-ce que c'est que cette guerre-là ? 12
         Nous refusons Mandrin, Dieu nous doit Attila. 12
         Toujours, quand il lui plaît d'abattre un grand empire, 12
         Un noble peuple, en qui le genre humain respire, 12
         Rome ou Thèbes, le sort respectueux se sert 12
10 De quelque monstre auguste et fauve du désert. 12
         Pourquoi donc cet affront ? c'est trop. Tu t'y résignes, 12
         Toi, France ? non, jamais. Certes, nous étions dignes 12
         D'être dévorés, peuple, et nous sommes mangés ! 12
         C'est trop de s'être dit : — Nous serons égorgés 12
15 Comme Athène et Memphis, comme Troie et Solime, 12
         Grandement, dans l'éclair d'une lutte sublime ! — 12
         Et de se sentir mordre, en bas, obscurément, 12
         Dans l'ombre, et d'être en proie à ce fourmillement, 12
         Les pillages, les vols, les pestes, les famines ! 12
20 D'espérer les lions, et d'avoir les vermines ! 12
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