HUG_9/HUG724
Victor Hugo
L'année terrible
1872
FÉVRIER
IV
A CEUX QUI REPARLENT DE FRATERNITÉ
         Quand nous serons vainqueurs, nous verrons. Montrons-leur, 12
         Jusque-là, le dédain qui sied à la douleur. 12
         L'œil âprement baissé convient à la défaite. 12
         Libre, on était apôtre, esclave, on est prophète ; 12
5 Nous sommes garrottés ! Plus de nations sœurs ! 12
         Et je prédis l'abîme à nos envahisseurs. 12
         C'est la fierté de ceux qu'on a mis à la chaîne 12
         De n'avoir désormais d'autre abri que la haine. 12
         Aimer les Allemands ? Cela viendra, le jour 12
10 Où par droit de victoire on aura droit d'amour. 12
         La déclaration de paix n'est jamais hanche 12
         De ceux qui, terrassés, n'ont pas pris leur revanche ; 12
         Attendons notre tour de barrer le chemin. 12
         Mettons-les sous nos pieds, puis tendons-leur la main. 12
15 Je ne puis que saigner tant que la France pleure. 12
         Ne me parlez donc pas de concorde à cette heure ; 12
         Une fraternité bégayée à demi 12
         Et trop tôt, fait hausser l'épaule à l'ennemi ; 12
         Et l'offre de donner aux rancunes relâche 12
20 Qui demain sera digne, aujourd'hui serait lâche. 12
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