HUG_9/HUG769
Victor Hugo
L'année terrible
1872
JUILLET
VII
LE PROCÈS À LA RÉVOLUTION
         Lorsque vous traduisez, juges, à votre barre, 12
         La Révolution, qui fut dure et barbare 12
         Et féroce à ce point de chasser les hiboux ; 12
         Qui, sans respect, fakirs, derviches, marabouts, 12
5 Molesta tous les gens d'église, et mit en fuite, 12
         Rien qu'en les regardant, le prêtre et le jésuite, 12
         La colère vous prend.
         Oui, c'est vrai, désormais
         L'homme-roi, l'homme-dieu, fantômes des sommets, 12
         S'effacent, revenants guerriers, goules papales ; 12
10 Un vent mystérieux souffle sur ces fronts pâles ; 12
         Et vous, le tribunal, vous êtes indignés. 12
         Quel deuil ! les noirs buissons de larmes sont baignés ; 12
         Les fêtes de la nuit vorace sont finies ; 12
         Le monde ténébreux râle ; que d'agonies ! 12
15 Il fait jour, c'est affreux ! et la chauve-souris 12
         Est aveugle, et la fouine erre en poussant des cris ; 12
         Le ver perd sa splendeur ; hélas, le renard pleure ; 12
         Les bêtes qui le soir allaient chasser, à l'heure 12
         Où le petit oiseau s'endort, sont aux abois ; 12
20 La désolation des loups remplit les bois ; 12
         Les spectres opprimés ne savent plus que faire ; 12
         Si cela continue, et si cette lumière 12
         Persiste à consterner l'orfraie et le corbeau, 12
         Le vampire mourra de faim dans le tombeau ; 12
25 Le rayon sans pitié prend l'ombre et la dévore… — 12
         O juges, vous jugez les crimes de l'aurore. 12
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