HUG_9/HUG770
Victor Hugo
L'année terrible
1872
JUILLET
VIII
À HENRI V
         J'étais adolescent quand vous étiez enfant ; 12
         J'ai sur votre berceau fragile et triomphant 12
         Chanté mon chant d'aurore ; et le vent de l'abîme 12
         Depuis nous a jetés chacun sur une cime, 12
5 Car le malheur, lieu sombre où le sort nous admet, 12
         Étant battu de coups de foudre, est un sommet. 12
         Le gouffre est entre nous comme entre les deux pôles. 12
         Vous avez le manteau de roi sur les épaules 12
         Et dans la main le sceptre, éblouissant jadis ; 12
10 Moi j'ai des cheveux blancs au front, et je vous dis : 12
         C'est bien. L'homme est viril et fort qui se décide 12
         A changer sa fin triste en un fier suicide ; 12
         Qui sait tout abdiquer, hormis son vieil honneur ; 12
         Qui cherche l'ombre ainsi qu'Hamlet dans Elseneur, 12
15 Et qui, se sentant grand surtout comme fantôme, 12
         Ne vend pas son drapeau même au prix d'un royaume. 12
         Le lys ne peut cesser d'être blanc. Il est bon, 12
         Certes, de demeurer Capet, étant Bourbon ; 12
         Vous avez raison d'être honnête homme. L'histoire 12
20 Est une région de chute et de victoire 12
         Où plus d'un vient ramper, où plus d'un vient sombrer. 12
         Mieux vaut en bien sortir, prince, qu'y mal entrer. 12
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