LAC_1/LAC8
Auguste Lacaussade
Les Salaziennes
1839
VIII
Amour
         Amour présent du ciel, | félicité suprême, 6+6
         Que ne puis-je exhaler | sur la lyre que j'aime, 6+6
         Dans la chaste douceur | des plus tendres accents, 6+6
         L'ineffable délire | tu ravis mes sens ! 6+6
5 Mais ma voix est débile, | et ma bouche glacée 6+6
         Ne peut trouver des mots | pour peindre ma pensée. 6+6
         Je le sens, et mes yeux | se remplissent de pleurs. 6+6
         Il faut pour t'exprimer | le langage des fleurs, 6+6
         Le souffle harmonieux | de l'amoureux zéphyre, 6+6
10 Ou les accords plaintifs | de l'onde qui soupire. 6+6
         Amour, qui fus toujours | mon rêve et mon bonheur, 6+6
         Amour, toi qu'en mon âme | un ange du Seigneur 6+6
         A mis, dans sa pitié, | pour m'aider sur la terre 6+6
         A porter mon fardeau | d'ennuis et de misère ; 6+6
15 Adoucis chaque jour | ma peine et ma douleur, 6+6
         Épanche, o fleur du ciel, | tes parfums dans mon cœur. 6+6
         Ta présence ici-bas, | c'est la douce rosée 6+6
         Qui répand la frcheur | sur la vie épuisée, 6+6
         Le seul éclair de joie | et la goutte de miel 6+6
20 Qui de nos jours amers | adoucissent le fiel. 6+6
         Jamais le malheureux | ne résiste à tes charmes ; 6+6
         Sous sa morne paupière | il sent tarir ses larmes, 6+6
         Quand, de ta douce main | caressant ses douleurs, 6+6
         Ta lèvre vient baiser | ses yeux mouillés de pleurs. 6+6
25 La gloire, vain écho | que notre orgueil adore, 6+6
         L'ambition plus vaine | et plus frivole encore, 6+6
         Des biens et des honneurs | la triste vanité, 6+6
         Valent-ils un regard | de la jeune beauté ; 6+6
         Quand, semblable à la fleur | qui s'entr'ouvre au zéphyre, 6+6
30 Sa lèvre épanouie | exhale son sourire ? 6+6
         Amour, céleste amour, | le seul bonheur c'est toi ! 6+6
         Sois-donc mon seul désir, | règne à jamais sur moi ! 6+6
         Enivre-moi toujours | des baisers de ta bouche, 6+6
         Que ton sein à mon front | serve à jamais de couche, 6+6
35 Et, captivant mon âme | à la molle langueur, 6+6
         Que mon dernier soupir | s'exhale sur ton cœur ! 6+6
         Aux autres, des trésors | la splendide opulence ! 6+6
         Mais à moi, dont le cœur, | s'ouvrant à l'espérance, 6+6
         Dans un désir plus doux | s'est toujours renfermé, 6+6
40 L'angélique bonheur | d'aimer et d'être aimé ! 6+6
         Du chêne au large fte, | à l'orgueilleux feuillage, 6+6
         Je ne recherche pas | la frcheur et l'ombrage ; 6+6
         Sous l'humble citronnier, | sous le jeune arbrisseau, 6+6
         Sur la rive serpente | un limpide ruisseau, 6+6
45 Sur les bords gazonnés | la frcheur repose, 6+6
         Oiseau faible et sans nom, | c'est là que je me pose 6+6
         Pour chanter mes amours, | belles comme les fleurs, 6+6
         Douces comme un parfum, | pures comme les pleurs, 6+6
         Qui brillent dans les yeux | de la naissante aurore. 6+6
50 O Dieu ! Dieu trois fois bon, | toi que mon âme adore, 6+6
         Toi qui prêtes l'oreille | à nos faibles accents, 6+6
         Reçois du haut du ciel | mes vœux et mon encens ! 6+6
         Ta bonté paternelle | ombrage la nature, 6+6
         Tu suspends à nos bois | leur luxe de verdure, 6+6
55 Tu donnes à nos champs | et de l'ombre et des eaux, 6+6
         De la mousse et des nids | aux petits des oiseaux, 6+6
         Aux gazons altérés | des gouttes de rosée, 6+6
         La frcheur de la nuit | à la terre embrasée, 6+6
         Au matin jeune et frais | de brillantes couleurs, 6+6
60 Des larmes aux remords | et des parfums aux fleurs ; 6+6
         Tu donnes au printemps | de suaves corbeilles, 6+6
         Des ailes à la brise | et du miel aux abeilles ; 6+6
         A mon cœur donne aussi | son beau songe d'amour 6+6
         Ce doux et vague objet | qu'il rêve nuit et jour ! 6+6
65 Ah ! j'ai besoin d'aimer ! | mon âme aimante et tendre, 6+6
         Dans une autre soi-même | aspire à se répandre ! 6+6
         Toi qui vois mes secrets | et qui lis dans mes vœux, 6+6
         Toi qui connais, mon Dieu, | l'épouse que je veux, 6+6
         A mon cœur donne enfin | son rêve poétique, 6+6
70 Cette idéalité | d'une grâce pudique, 6+6
         Cet être plus aimé, | plus tendre qu'une sœur, 6+6
         Cet ange de beauté, | d'amour et de douceur. 6+6
         Oui, souris, ô Dieu bon ! | à ma jeune espérance, 6+6
         Et ma voix bénira | mon heureuse existence ; 6+6
75 Et jusqu'à son déclin | j'en charmerai le cours, 6+6
         En vivant pour aimer | et chanter mes amours ! 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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