LAC_2/LAC81
Auguste Lacaussade
Poèmes et Paysages
1852
POÈMES ET PAYSAGES
L
À L'Idéal
         Un morne abattement pèse sur ma pene. 6+6
         La vie hélas ! n'est point où je l'avais plae. 6+6
         L'illusion est vide et vide est le bonheur. 6+6
         L'amour ne suffit point à remplir notre cœur. 6+6
5 Cherchant partout le Dieu, trouvant partout l'idole, 6+6
         Je change chaque jour d'autel et de symbole. 6+6
         L'ombre de l'Idéal, le fantôme du beau 6+6
         Me suit partout, armé du mystique flambeau. 6+6
         Quel que soit l'horizon où mon pied s'aventure, 6+6
10 Que l'amitié, l'amour, que l'Art et la nature 6+6
         Soient mes hôtes sacrés, — sombre ou les yeux railleurs, 6+6
         Toujours il m'apparaît : « Debout ! et cherche ailleurs ! 6+6
         Ici ta faim du vrai ne peut être assouvie ! 6+6
         Lève toi ! marche ! aspire ! Ici n'est point la vie ! » 6+6
15 La vie, où donc est-elle, ô fantôme adoré ? 6+6
         Commande, j'obéis ! dis-moi le but, j'irai ! 6+6
         Je n'ai point, infidèle à tes rêves splendides, 6+6
         Prostitué mon âme aux passions sordides. 6+6
         Vierge comme mon cœur, mon culte t'est resté. 6+6
20 Que veux-tu donc de moi, réponds, spectre irrité ? 6+6
         Triste et fervent je t'aime, et ta voix qui me blesse, 6+6
         Comme un crime punit l'erreur ou la faiblesse. 6+6
         Esprit fragile, esprit fait de chair et mortel, 6+6
         Pour la divini j'ai pu prendre l'autel ; 6+6
25 Mais dans l'âme et les sens, dans toute la nature, 6+6
         Beauté ! c'est toi que j'aime et non la créature. 6+6
         Dans l'ondment des mers, dans la courbe des cieux, 6+6
         C'est toi que suit mon vol, toi qu'implorent mes yeux. 6+6
         Dans la femme ou la fleur, ce qui brille ou respire, 6+6
30 Être fatal et cher, c'est toi vers qui j'aspire ! 6+6
         La terre et l'air et l'onde aux longs embrassements, 6+6
         Tout est pour moi peuplé de tes pressentiments. 6+6
         Pour te trouver, vêtu de la robe homicide, 6+6
         Je passerais joyeux par le bûcher d'Alcide. 6+6
35 Idéal ! Idéal ! pourquoi suis-je puni 6+6
         De porter dans mon cœur ton désir infini ? 6+6
         Pourquoi nous fuir toujours ? pourquoi railler nos chutes ? 6+6
         Gémis de nos erreurs, vois en pitié nos luttes ! 6+6
         Prends un corps, viens sentir, fantôme trop aimé, 6+6
40 De quelle ardeur pour toi mon sein est consumé ! 6+6
         Dans un être sans tache incarne ton image ! 6+6
         Fais-moi don d'un cœur haut et qui mérite hommage ! 6+6
         Mais si, rêveur déçu, nul ne doit ici-bas 6+6
         Rencontrer la Psyché vers qui s'ouvrent ses bras ; 6+6
45 Si je ne dois qu'au ciel voir marcher ma statue, 6+6
         Guéris-moi de l'attente et du doute qui tue ! 6+6
         Hâte pour moi le jour de la pure beauté, 6+6
         Abrège mon épreuve, ô ma divinité ! 6+6
         Ne faut-il que mourir pour te donner mon âme, 6+6
50 Je suis prêt ! sur mon front fais descendre la flamme ! 6+6
         Consumant le vieil homme à ton sacré flambeau, 6+6
         Ouvre enfin devant moi les demeures du beau ! 6+6
mètre profil métrique : 6+6
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