LAF_2/LAF49
Jules Laforgue
Les Complaintes
1885
COMPLAINTE DES PIANOS
QU'ON ENTEND DANS LES QUARTIERS AISÉS
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         Menez l'âme que les Lettres ont bien nourrie, 12
         Les pianos, les pianos, dans les quartiers aisés ! 14
         Premiers soirs, sans pardessus, chaste flânerie, 12
         Aux complaintes des nerfs incompris ou brisés. 12
5 Ces enfants, à quoi rêvent-elles, 8
         Dans les ennuis des ritournelles ? 8
         ‒ « Préaux des soirs, 4
         Christs des dortoirs ! » 4
         « Tu t'en vas et tu nous laisses, 7
10 Tu nous laiss's et tu t'en vas, 7
         Défaire et refaire ses tresses, 8
         Broder d'éternels canevas. » 8
         Jolie ou vague ? Triste ou sage ? Encore pure ? 12
         Ô jours, tout m'est égal ? Ou, monde, moi je veux ? 12
15 Et si vierge, du moins, de la bonne blessure, 12
         Sachant quels gras couchants ont les plus blancs aveux ? 12
         Mon dieu, à quoi donc rêvent-elles ? 8
         À des Roland, à des dentelles ? 8
         ‒ « Cœurs en prison, 4
20 Lentes saisons ! 4
         « Tu t'en vas et tu nous quittes, 7
         Tu nous quitt's et tu t'en vas ! 7
         Couvents gris, chœurs de Sulamites, 8
         Sur nos seins nuls croisons nos bras. » 8
25 Fatales clés de l'être un beau jour apparues ; 12
         Psitt ! Aux hérédités en ponctuels ferments, 12
         Dans le bal incessant de nos étranges rues ; 12
         Ah ! Pensionnats, théâtres, journaux, romans ! 12
         Allez, stériles ritournelles, 8
30 La vie est vraie et criminelle. 8
         ‒ « Rideaux tirés, 4
         Peut-on entrer ? 4
         « Tu t'en vas et tu nous laisses, 7
         Tu nous laiss's et tu t'en vas, 7
35 La source des frais rosiers baisse, 8
         Vraiment ! Et lui qui ne vient pas… » 8
         Il viendra ! Vous serez les pauvres cœurs en faute, 12
         Fiancés au remords comme aux essais sans fond, 12
         Et les suffisants cœurs cossus, n'ayant d'autre hôte 12
40 Qu'un train-train pavoisé d'estime et de chiffons. 12
         Mourir ? Peut-être brodent-elles, 8
         Pour un oncle à dot, des bretelles ? 8
         ‒ « Jamais ! Jamais ! 4
         Si tu savais ! 4
45 « Tu t'en vas et tu nous quittes, 7
         Tu nous quitt's et tu t'en vas, 7
         Mais tu nous reviendras bien vite 8
         Guérir mon beau mal, n'est-ce pas ? » 8
         Et c'est vrai ! L'Idéal les faits divaguer toutes, 12
50 Vigne bohême, même en ces quartiers aisés. 12
         La vie est là ; le pur flacon des vives gouttes 12
         Sera, comme il convient, d'eau propre baptisé. 12
         Aussi, bientôt, se joueront-elles 8
         De plus exactes ritournelles. 8
55 « ‒ Seul oreiller ! 4
         Mur familier ! 4
         « Tu t'en vas et tu nous laisses, 7
         Tu nous laiss's et tu t'en vas. 7
         Que ne suis-je morte à la messe ! 8
60 Ô mois, ô linges, ô repas ! » 8
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