LAF_2/LAF62
Jules Laforgue
Les Complaintes
1885
COMPLAINTE
DES NOSTALGIES PRÉHISTORIQUES
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         La nuit bruine sur les villes. 8
         Mal repu des gains machinals, 8
         On dîne ; et, gonflé d'idéal, 8
         Chacun sirote son idylle, 8
5 Ou furtive, ou facile. 6
         Échos des grands soirs primitifs ! 8
         Couchants aux flambantes usines, 8
         Rude paix des sols en gésine, 8
         Cri jailli là-bas d'un massif, 8
10 Violuptés à vif ! 5
         Dégringolant une vallée, 8
         Heurter, dans des coquelicots, 8
         Une enfant bestiale et brûlée 9
         Qui suce, en blaguant les échos, 8
15 De jûteux abricots 6
         Livrer aux langueurs des soirées 8
         Sa toison où du cristal luit, 8
         Pourlécher ses lèvres sucrées, 8
         Nous barbouiller le corps de fruits 8
20 Et lutter comme essui ! 6
         Un moment, béer, sans rien dire, 8
         Inquiets d'une étoile là-haut ; 9
         Puis, sans but, bien gentils satyres, 8
         Nous prendre aux premiers sanglots 7
25 Fraternels des crapauds. 6
         Et, nous délèvrant de l'extase, 8
         Oh ! Devant la lune en son plein, 8
         Là-bas, comme un bloc de topaze, 8
         Fous, nous renverser sur les reins, 8
30 Riant, battant des mains ! 6
         La nuit bruine sur les villes : 8
         Se raser le masque, s'orner 8
         D'un frac deuil, avec art dîner, 8
         Puis, parmi des vierges débiles, 8
35 Prendre un air imbécile. 6
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