LAF_2/LAF66
Jules Laforgue
Les Complaintes
1885
COMPLAINTE DES BLACKBOULÉS
────
         « Ni vous, ni votre art, monsieur. " C'était un dimanche, 12
         Vous savez où. 4
         À vos genoux, 4
         Je suffoquai, suintant de longues larmes blanches. 12
5 L'orchestre du jardin jouait ce « si tu m'aimes » 12
         Que vous savez ; 4
         Et je m'en vais 4
         Depuis, et pour toujours, m'exilant sur ce thème. 12
         Et toujours, ce refus si monstrueux m'effraie 12
10 Et me confond 4
         Pour vous au fond, 4
         Si Regard-Incarné ! Si moi-même ! Si vraie ! 12
         Bien. ‒ Maintenant, voici ce que je vous souhaite, 12
         Puisque, après tout, 4
15 En ce soir d'août, 4
         Vous avez craché vers l'Art, par-dessus ma tête. 12
         Vieille et chauve à vingt ans, sois prise pour une autre 12
         Et sans raison, 4
         Mise en prison, 4
20 Très loin, et qu'un geôlier, sur toi, des ans, se vautre. 12
         Puis, passe à Charenton, parmi de vagues folles, 12
         Avec Paris 4
         Là-bas, fleuri, 4
         Ah ! Rêve trop beau ! Paris où je me console. 12
25 Et demande à manger, et qu'alors on confonde ! 12
         Qu'on croie à ton 4
         Refus ! Et qu'on 4
         Te nourrisse, horreur ! Horreur ! Horreur ! À la sonde. 12
         La sonde t'entre par le nez, Dieu vous bénisse ! 12
30 À bas, les mains ! 4
         Et le bon vin, 4
         Le lait, les œufs te gavent par cet orifice. 12
         Et qu'après bien des ans de cette facétie, 12
         Un interne (aux 4
35 Regards loyaux ! ) 4
         Se trompe de conduit ! Et verse, et t'asphyxie. 12
         Et voilà ce que moi, guéri, je vous souhaite, 12
         Cœur rose, pour 4
         Avoir un jour 4
40 Craché sur l'Art ! L'Art pur ! Sans compter le poète. 12
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie