LAF_2/LAF89
Jules Laforgue
Les Complaintes
1885
COMPLAINTE DES DÉBATS
MÉLANCOLIQUES ET LITTÉRAIRES
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On peut encore aimer, mais confier
toute son âme est un bonheur qu'on
ne retrouvera plus.
Corinne ou l'ITALIE.
         Le long d'un ciel crépusculâtre, 8
         Une cloche angéluse en paix 8
         L'air exilescent et marâtre 8
         Qui ne pardonnera jamais. 8
5 Paissant des débris de vaisselle, 8
         Là-bas, au talus des remparts, 8
         Se profile une haridelle 8
         Convalescente ; il se fait tard. 8
         Qui m'aima jamais ? Je m'entête 8
10 Sur ce refrain bien impuissant, 8
         Sans songer que je suis bien bête 8
         De me faire du mauvais sang. 8
         Je possède un propre physique, 8
         Un cœur d'enfant bien élevé, 8
15 Et pour un cerveau magnifique 8
         Le mien n'est pas mal, vous savez. 8
         Eh bien, ayant pleuré l'Histoire, 8
         J'ai voulu vivre un brin heureux ; 8
         C'était trop demander, faut croire ; 8
20 J'avais l'air de parler hébreux. 8
         Ah ! Tiens, mon cœur, de grâce, laisse 8
         Lorsque j'y songe, en vérité, 8
         J'en ai des sueurs de faiblesse, 8
         À choir dans la malpropreté. 8
25 Le cœur me piaffe de génie 9
         Éperdument pourtant, mon Dieu ! 8
         Et si quelqu'une veut ma vie, 8
         Moi je ne demande pas mieux ! 8
         Eh va, pauvre âme véhémente ! 8
30 Plonge, être, en leurs Jourdains blasés, 8
         Deux frictions de vie courante 8
         T'auront bien vite exorcisé. 8
         Hélas, qui peut m'en répondre ! 7
         Tenez, peut-être savez-vous 8
35 Ce que c'est qu'une âme hypocondre ? 8
         J'en suis une dans les prix doux. 8
         Ô Hélène, j'erre en ma chambre ; 8
         Et tandis que tu prends le thé, 8
         Là-bas dans l'or d'un fier septembre, 8
40 Je frissonne de tous mes membres, 8
         En m'inquiétant de ta santé. 9
         Tandis que d'un autre côté… 8
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