LOU_1/LOU104
Pierre Louÿs
ŒUVRES COMPLÈTES
TOME XIII
POÉSIES
1888-1920
POÉSIES DIVERSES
RÉPONSE
         Mouche d’or, de rêve et de chair, 8
         Ces vers ne feront point partie 8
         Du poème qui m’est si cher 8
         Où votre grâce est travestie. 8
5 J’en ai fait de passionnés 8
         Sur votre corps né d’une écume ; 8
         Mais l’aubergiste m’a donné 8
         La plus mauvaise de ses plumes. 8
         Je vous écris dans le désert, 8
10 Sur un chameau, sous une palme. 8
         Je déjeune. Un singe me sert. 8
         Mon burnous a de longs plis calmes. 8
         Vous souvenez-vous ?… — Plus du tout ? — 8
         Il fut un temps où sans attendre 8
15 Vous m’épousiez à Tombouctou 8
         Dans les charades les plus tendres. 8
         Nous sommes passés autrefois 8
         Dans ces mers de ciel et de sable : 8
         C’est pourquoi, ce soir, je vous vois, 8
20 Chère petite Insaisissable. 8
         À l’ombre de ce haut dattier 8
         Une esclave vous déshabille. 8
         Voici nu, voici tout entier 8
         Votre corps de très jeune fille. 8
25 L’ombre nette et le soleil cru 8
         Se partagent votre peau brune. 8
         Le jour lentement disparu 8
         Vous laisse bleue au clair de lune. 8
         Vos petits seins toujours dressés 8
30 Vous ornent comme deux opales ; 8
         Vos cheveux flottent plus foncés 8
         Sur vos bras devenus plus pâles. 8
         Et même devant votre amant… 8
         — Est-ce décence ou bien parure ? — 8
35 Vous portez naturellement 8
         Un petit pagne de fourrure. 8
         Mon amour, je veux prendre ici 8
         Sur un tapis de couleur turque 8
         Votre bouche et le point précis 8
40 Où votre svelte corps bifurque. 8
         Dans la forêt où j’ai coutume 8
         De m’en aller au jour levant, 8
         Dès l’aube ensommeillée, avant 8
         Que l’air ait dispersé la brume, 8
45 On peut voir entre les rameaux 8
         Des bouts d’azur par échappées, 8
         Et, dans les brouillards estompées, 8
         Les silhouettes des bouleaux. 8
         Pour compléter le paysage, 8
50 On y trouve un ruisseau divin 8
         Et qui flue au fond d’un ravin 8
         Que Delille eût nommé sauvage : 8
         Car sur la mousse où je me vautre, 8
         On voit deux énormes rochers 8
55 Qui se sont un jour arrachés 8
         Pour se cogner l’un contre l’autre. 8
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