LOU_1/LOU35
Pierre Louÿs
ŒUVRES COMPLÈTES
TOME XIII
POÉSIES
1888-1920
ASTARTÉ
UNE ALLÉGORIE
GLAUCÉ
À Albert Besnard.
         Elle se baigne
         Au marais des iris et des grands lys d’eau
         Elle se baigne comme un nénufar blanc
         Comme un nénufar rouge qui saigne
5 Elle est toute en or avec des taches de sang
         Comme un soleil du soir qui baigne dans l’eau
         Miroitante et merveilleuse.
         Le marais verdâtre et si lourd d’or
         L’étang putride et vert de soir
10 Est le miroir
         De ses hanches
         Blanches
         Ô qui chantera l’enfant glauque et d’or
         Dans ses mares mordorées.
15 Son fin buste émerge de l’eau
         Comme un nénufar chevelu d’or rouge
         Ses yeux sont comme deux flammes sur l’eau
         Vertes étoiles ses yeux doux d’Asie
         Mais sa bouche est un coquillage de pourpre
20 Et sa chevelure est sur sa bouche
         Sa chevelure cramoisie.
         Ses cheveux longs où sont des algues vagues
         Et des crabes verts aux crocs des boucles
         Et l’écume des basses vagues
25 Et des gouttes d’escarboucles
         Où les lumières ont des verves
         Ô comme au front des roches d’or
         Ses cheveux dissolus couronnés de conferves
         Ses cheveux, ah ! défleuris ! ses cheveux dévêtus et nus…
30 « Iris
         Marécageux iris
         Mes cheveux sous-marins mêlés d’algues languides
         Te veulent, triste iris
         Et l’iris de mes yeux. »
35 Voici trouer la frêle eau d’or
         Ses doigts luxurieux
         Vers les iris, vers les iris
         Fleurs droites à fleurir derrière ses oreilles
         Larges yeux des étangs, fleurs obscures, bleus iris,
40 Lèvres molles en fleur sur les eaux
         Bleus baisers de la nuit dans ses mains nonpareilles.
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