LOU_1/LOU43
Pierre Louÿs
ŒUVRES COMPLÈTES
TOME XIII
POÉSIES
1888-1920
ASTARTÉ
LA NUIT
Là, dans cette niche splendide d’une
croisée, c’est bien comme une statue que
je te vois apparaître…
STÉPHANE MALLARMÉ.
         C’est l’argent bleu qui luit sur les lacs 9
         Dans le crépuscule de la lune 9
         C’est l’encens rare et l’irréel nard 9
         Saphir et lapis d’eau et de brume 9
5 C’est le geste des peupliers noirs 9
         Au vol des blancheurs que l’ombre azure 9
         Lents éventer les cheveux des parcs 9
         C’est l’air inconnu, l’été nocturne 9
         Et la clarté du ciel sidéral. 9
10 Du haut du chœur les grands rayons pâles 9
         Tombent allongés au pied des murs 9
         La nuit limpide aux lueurs bleuâtres 9
         Pure comme une aube au mois d’élul 9
         Glisse et descend du haut des vitrages 9
15 Tandis qu’au dehors les arcturus 9
         Font la nuit claire et les brises calmes 9
         Tout au haut des nefs dans l’air du sud 9
         Les vitraux peints filtrent les étoiles. 9
         Tu scintilles. Tes yeux sont très purs 9
20 Étoile qui vis, et tes mains chastes ! 9
         Sus-je autrefois quel éternel flux 9
         Vague avec lenteur en tes cils graves ? 9
         Jusqu’à tes pieds de hauts plis obscurs 9
         Plongent agrandis dans l’ombre large 9
25 Et le Psalmiste un doigt sur le luth 9
         Épie en extase au ras des dalles 9
         L’astral rayon de tes longs yeux nus, 9
         De tes yeux nus où la nuit diffuse 9
         Éclaircit un peu d’air vespéral 9
30 Où vaguement s’exalte et fulgure 9
         Un reste de gloire et d’or lilas 9
         Reflets errants que le noir divulgue 9
         Charmes lumineux aux nuls regards 9
         Vers qui si calme et si répandue 9
35 Avec les encens monte la foi 9
         Ô Constellée aux yeux taciturnes ! 9
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