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Stéphane Mallarmé
POÉSIES
(édition DEMAN)
1887
BRISE MARINE
         La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. 12
         Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres 12
         D'être parmi l'écume inconnue et les cieux ! 12
         Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux 12
5 Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe 12
         O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe 12
         Sur le vide papier que la blancheur défend 12
         Et ni la jeune femme allaitant son enfant. 12
         Je partirai ! Steamer balançant ta mâture, 12
10 Lève l'ancre pour une exotique nature ! 12
         Un Ennui, désolé par les cruels espoirs, 12
         Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs ! 12
         Et, peut-être, les mâts, invitant les orages 12
         Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages 12
15 Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots… 12
         Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots ! 12
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