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Gérard de Nerval
ÉLÉGIES NATIONALES ET SATIRES POLITIQUES
1826
POÉSIES DIVERSES
Pensée de Byron
Élégie
         Par mon amour et ma constance, 8
         J’avais cru fléchir ta rigueur, 8
         Et le souffle de l’espérance 8
         Avait pénétré dans mon cœur ; 8
5 Mais le temps, qu’en vain je prolonge, 8
         M’a découvert la vérité… 8
         L’espérance a fui comme un songe, 8
         Et mon amour seul m’est resté ! 8
         Il est resté, comme un abîme ! 8
10 Entre ma vie et le bonheur, 8
         Comme un mal dont je suis victime, 8
         Comme un poids jeté sur mon cœur : 8
         Pour fuir le piège où je succombe, 8
         Mes efforts seraient superflus ; 8
15 Car l’homme a le pied dans la tombe, 8
         Quand l’espoir ne le soutient plus. 8
         J’aimais à réveiller la lyre, 8
         Et souvent, plein de doux transports, 8
         J’osais, ému par le délire, 8
20 En tirer de tendres accords. 8
         Que de fois, en versant des larmes, 8
         J’ai chanté tes divins attraits ! 8
         Mes accens étaient pleins de charmes, 8
         Car c’est moi qui les inspirais. 8
25 Le temps n’est plus, et le délire 8
         Ne vient plus animer ma voix ; 8
         Je ne trouve point à ma lyre 8
         Les sons qu’elle avait autrefois : 8
         Dans le chagrin qui me dévore, 8
30 Je vois mes beaux jours s’envoler ; 8
         Si mon œil étincelle encore, 8
         C’est qu’une larme en va couler. 8
         Brisons la coupe de la vie, 8
         Sa liqueur n’est que du poison ; 8
35 Elle plaisait à ma folie, 8
         Mais elle enivrait ma raison. 8
         Trop long-temps épris d’un vain songe, 8
         Gloire ! amour ! vous eûtes mon cœur : 8
         O gloire ! tu n’es qu’un mensonge ; 8
40 Amour ! tu n’es point le bonheur ! 8
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