PON_1/PON11
Raoul Ponchon
La muse au cabaret
1920
LA MUSE AU CABARET
LES CABARETS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI
À Alexandre Georges.
         Aimez-vous ?… moi non plus, tout cet atroce bruit, 6+6
         Cet excès de lumière, 6
         Qui sévissent dans les cabarets d’aujourd’hui, 6−6
         Qui sont dits « de première » 6
5 Tous ces points lumineux harcèlent vos regards 6+6
         Comme un essaim d’abeilles, 6
         Cependant que les airs des Strauss et des Lehars 6+6
         Vous vrillent les oreilles. 6
         Jouez, si vous voulez, musiciens, au loin, 6+6
10 Derrière un triple store. 6
         Et si, par hasard, on ne vous entendait point, 6−6
         Ça vaudrait mieux encore ! 6
         Au diable tout concert, quand je mange ! Et pourtant 6+6
         J’adore la musique 6
15 Mais, à table, elle m’est un déplaisir constant, 6+6
         Fût-elle séraphique. 6
***
         « Rien ne doit déranger — comme disait Berchoux — 6+6
         L’honnête homme qui dîne. » 6
         N’aurait-il devant lui qu’une humble soupe aux choux, 6+6
20 Que dis-je ?… une sardine. 6
         Le meilleur repas m’est, je vous le dis tout clair, 6+6
         Une chose odieuse, 6
         S’il me faut l’avaler, par exemple, sur l’air 6+6
         De la « Veuve Joyeuse ». 6
25 Et je puis encor moins déguster, sacrebleu ! 6+6
         Un vin recommandable, 6
         Cependant que gémit du « Beau Danube bleu » 6+6
         La valse redoutable. 6
         Non, mais enfin… Messieurs les cabaretiers, me 6+6
30 Prenez-vous pour un cube ? 6
         Vous ne saurez jamais, quand je bois, combien je 6+6
         Me fiche du Danube ! 6
***
         Ah ! les bons cabarets d’autrefois, si plaisants ! 6+6
         Combien je les regrette ! 6
35 Avec leur peu de bruit, leurs lambris reposants, 6+6
         Leur lumière discrète. 6
         Las ! aujourd’hui, c’est un vacarme à tout casser, 6−6
         À se croire à la foire. 6
         Jadis, à la bonne heure, on s’entendait manger, 6+6
40 Et l’on s’écoutait boire. 6
         Nous nous passions fort bien de l’électricité, 6+6
         Pour faire des orgies ; 6
         On y voyait assez à l’obscure clarté 6+6
         Qui tombe des bougies. 6
45 C’était, et c’est encor pour nous, hommes de bien, 6+6
         Le premier des systèmes. 6
         Et puis, quand nous voulions de la musique, eh bien. 6+6
         Nous la faisions nous-mêmes ! 6
mètre profils métriques : 6, 6−6
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie