PON_1/PON34
Raoul Ponchon
La muse au cabaret
1920
LA MUSE AU CABARET
L’INTRÉPIDE VIDE-BOUTEILLES
A. Forain.
— Et comme vin, Monsieur ?
— Une demi-Vichy.
         Intrépide Vide-bouteilles, 8
         Qui passas tes nuits et tes veilles 8
         À boire de l’eau, 5
         Intrépidement, dans laquelle 8
5 Devait se noyer ta cervelle, 8
         Pauvre gigolo ! 5
         Je te vois toujours, glabre et blême, 8
         Avec ta face de carême, 8
         Tes yeux comme… cuits ; 5
10 Ta chair exsangue, molle et grasse, 8
         Révélant toute la disgrâce 8
         De tes blanches nuits. 5
         Je te vois affairé, rapide, 8
         Les bras ballants, le regard vide, 8
15 On eût dit épars… 5
         Distribuant mille poignées 8
         De main, pas toujours renseignées, 8
         Sur les boulevards. 5
         Ton nom encombrait les gazettes. 8
20 Parmi ceux d’un tas de mazettes, 8
         Dont le leur me fuit ; 5
         Qui te célébraient après boire, 8
         Et tu prenais pour de la gloire 8
         Tout ce vilain bruit ! 5
25 On t’invoquait comme la Muse 8
         Du demi-monde où l’on s’amuse, 8
         Du Paris-fêtard, 5
         Toi, plus triste qu’une Wallace, 8
         Qu’un convoi de huitième classe, 8
30 Quartier Mouffetard. 5
         Tu nous amusas, somme toute, 8
         Tant que tu fus sur notre route… 8
         Sommes-nous ingrats ! 5
         Car te voilà dans la Ténèbre, 8
35 Sans même l’oraison funèbre 8
         Qu’on fait au Bœuf gras, 5
         Une légende hyperbolique 8
         Veut qu’un jour tu fus héroïque, 8
         Et que, pour un doigt 5
40 De vin pur — ô sombre débauche ! 8
         Tu passas, du coup, l’arme à gauche, 8
         Après cet exploit. 5
         L’histoire est autre qui m’agrée 8
         Si ta fin fut prématurée, 8
45 N’est-ce pas, vraiment, 5
         Pour avoir bu, toute ta vie, 8
         De l’eau — que rien ne justifie, 8
         Intrépidement ? 5
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