PON_1/PON43
Raoul Ponchon
La muse au cabaret
1920
LA MUSE AU CABARET
NOURRITURE ÉLECTRIQUE
À Émile Henriot.
Le docteur américain Rutherford
prétend qu’on peut se nourrir
avec des pilules. Un autre docteur
avec de l’électricité.
         Bien que je vous admire fort, 8
         Dites-moi, docteur Rutherford ; 8
         Pour être Américaine, 6
         Votre invention de ce jour, 8
5 N’est guère, à parler sans détour, 8
         Qu’une vieille rengaine. 6
         Déjà l’illustre Berthelot 8
         Caressait ce projet falot, 8
         Si j’ai bonne mémoire, 6
10 De nous doter chimiquement 8
         D’un définitif aliment, 8
         Complet et péremptoire. 6
         Il s’agissait d’un comprimé 8
         De je ne sais quoi, renfermé 8
15 Au cœur d’une pilule, 6
         Non plus grosse qu’un grain de mil, 8
         Remplaçant tout autre mets vil, 8
         Absurde et ridicule. 6
         C’était assez ingénieux, 8
20 Mais depuis on a trouvé mieux ; 8
         Car, cet autre empirique 6
         Prétend sur vous deux renchérir. 8
         Il compte avant peu nous nourrir 8
         De courants électriques ! 6
25 Les restaurants, les cabarets 8
         Du coup ne feraient plus leurs frais, 8
         Avec ces rocamboles ; 6
         — Il serait bon d’y réfléchir — 8
         Alors qu’on verrait s’enrichir 8
30 Les seuls pharmacopoles. 6
         Il est évident que ç’aurait 8
         Un immédiat intérêt, 8
         Pour l’être lamentable, 6
         Assez abandonné des Dieux, 8
35 Pour se montrer incurieux 8
         Des plaisirs de la table. 6
         Mais pensez-vous qu’à tout jamais 8
         C’en serait fini des gourmets ; 8
         Quand ils admettraient même, 6
40 Pour bercer un instant leur faim, 8
         En guise de viande et de pain, 8
         Ces « courants » de carême ? 6
         Qu’est-ce là pour leur estomac ? 8
         De même que le cinéma, 8
45 Encore que folâtre, 6
         N’est pas un aliment complet 8
         Pour le cerveau de qui se plaît 8
         Aux choses de théâtre ; 6
         Tel mets ne devient éloquent, 8
50 Ne vous semble-t-il pas ? que quand 8
         La faim est satisfaite. 6
         « C’est alors, sans être assouvis, 8
         Que les beaux mangeurs sont ravis, 8
         Et commencent la fête. 6
55 Et donc, ces courants ne seront 8
         Guère pour eux qu’un éperon 8
         À manger comme à boire, 6
         À faire un excellent repas. 8
         Et voilà bien, n’en doutez pas, 8
60 Le fin mot de l’histoire. 6
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