PON_1/PON76
Raoul Ponchon
La muse au cabaret
1920
PROPOS DE TABLE
LA FÊTE DU TERME
         Oh ! ce n’est pas la bacchanale 8
         De la Fête nationale, 8
         Avec des pistons, des tambours, 8
         Non plus de lampions, de palmes, 8
5 C’est une fête des plus calmes, 8
         Sans bastringues dans les faubourgs. 8
         Cette fête n’est pas mobile. 8
         Elle est carrément immobile. 8
         Chaque saison elle revient, 8
10 Soit en ces mois de pur opprobre, 8
         Janvier, avril, juillet, octobre. 8
         Et le Pape n’y pourrait rien. 8
         Elle n’est du tout populaire. 8
         Elle est même tout le contraire, 8
15 Et ne vaut pas une chanson. 8
         Et que si — le Ciel la confonde ! 8
         Elle intéresse tout le monde, 8
         Ce n’est pas de même façon. 8
         Cette fête bizarre, étrange, 8
20 Disons en un seul mot bitrange 8
         A ceci de particulier, 8
         Et qui fait sangloter la Muse, 8
         Que pour un être qu’elle amuse, 8
         Elle en mécontente un millier. 8
25 Elle est donc loin d’être parfaite. 8
         C’est plutôt une demi-fête, 8
         C’est la fête du Terme, quoi !… 8
         — S’il faut par son nom qu’on la nomme 8
         Mais tu ne saurais, mon bonhomme, 8
30 T’y soustraire, non plus que moi. 8
         Le quinze est le jour fixe et ferme, 8
         Ou l’on célèbre ce dieu « Terme », 8
         Jusque dans le moindre taudis. 8
         Et voici, s’il faut que j’insiste, 8
35 En quoi cette fête consiste : 8
         Le matin donc du jour susdit, 8
         Ton concierge chez toi s’empresse 8
         À la quatrième vitesse, 8
         Sa calotte grecque à la main, 8
40 Et le sourire sur l’oreille. 8
         — Bienheureux s’il ne te réveille ! — 8
         Te tend un vague parchemin. 8
         Ce n’est qu’un papier, en l’espèce, 8
         Qu’en retour de quelques espèces, 8
45 Il t’abandonne volontiers. 8
         Et tout aussitôt il les porte 8
         À peine a-t-il passé ta porte, 8
         Chez son patron, puissant rentier. 8
         Alors, plus riche que la veille, 8
50 Celui-ci boit une bouteille 8
         De son meilleur… à ta santé ! 8
         Et donc, tu vois bien, pauvre type, 8
         Que, de ce fait, tu participes 8
         À la fête, en réalité. 8
55 Tu la trouves un peu sévère, 8
         Pour toi, qui n’as rien dans ton verre, 8
         Cette fête ?… Mais qu’un chacun 8
         Ayant vidé sa tire-lire, 8
         N’y trouve pas matière à rire, 8
60 Elle amuse toujours quelqu’un. 8
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