PON_1/PON77
Raoul Ponchon
La muse au cabaret
1920
PROPOS DE TABLE
LE NU DANS LE CRIME
Les deux assassins de M. Rémy
s’étaient mis nus pour commettre
leur crime.
         … Quant à moi, dès que je connus 8
         Que les assassins étaient nus, 8
         Sans perdre une seconde, 6
         Et de mon pas le plus léger, 8
5 J’allai chez Monsieur Bérenger, 8
         À l’âme pudibonde. 6
         Car notre illustre sénateur 8
         Étant le plus grand contempteur 8
         Du Nu, qui soit en France, 6
10 Il me semblait intéressant 8
         D’avoir son avis entre cent, 8
         En pareille occurrence. 6
         Telle était donc la question : 8
         Connaître son opinion 8
15 Sur le « Nu dans le crime », 6
         Sur ce Renard et son ami 8
         Dont ce pauvre Monsieur Rémy 8
         Avait été victime. 6
         Dès qu’il me vit : « Les scélérats ! 8
20 Fit-il — les sombres choléras ! 8
         Tenez j’en meurs de honte, 6
         Pour mon pays, s’il est bien vrai 8
         Que le crime fut perpétré, 8
         Ainsi qu’on le raconte. 6
25 « Ce fin Renard et son « comtois » 8
         Cet imbécile de Courtois, 8
         Laissez-moi vous le dire, 6
         Sans préjuger de leurs desseins, 8
         Me semblent moins des assassins 8
30 Que d’ignobles satyres. 6
         « Ils avaient — dit-on — adopté 8
         Une complète nudité, 8
         Pour occire leur maître ; 6
         — Il fallait éviter le sang, 8
35 Sur leurs habits, les accusant, 8
         Pouvant les compromettre. 6
         « Allons donc ! Vous n’y pensez pas, 8
         Ce serait en faire, en ce cas, 8
         Des criminels-artistes ; 6
40 Mais non, ce sont des possédés. 8
         C’est ce que nous appelons des 8
         Exhibitionnistes. 6
         « Ils n’avaient rien prémédité 8
         Qu’une extrême impudicité… 8
45 Et c’est à mon estime, 6
         Alors qu’ils se virent tout nus. 8
         Atroces, hideux, saugrenus, 8
         Qu’ils conçurent leur crime. 6
         « Crime horrible et sans précédents ! 8
50 Car ces deux misérables, dans 8
         Leur folie ordurière, 6
         Tout en le lardant d’un poignard, 8
         À cet infortuné vieillard 8
         Montrèrent leur derrière. 6
55 « Qui sait si ce n’est pas d’abord 8
         De ce spectacle qu’il est mort ?… 8
         À quatre-vingts ans d’âge, 6
         Où l’on est au bout de son fil, 8
         Soyez bien persuadé qu’il 8
60 N’en faut pas davantage. 6
         « Enfin, tel est mon sentiment : 8
         Il est mort de saisissement, 8
         Ce vieillard, sans nul doute. 6
         Oui, de saisissement — plutôt 8
65 Que des treize coups de couteau 8
         Qu’il reçut, somme toute. 6
         « — Pensez donc ! au coup de minuit, 8
         Un derrière qui vous poursuit, 8
         Terrifiant et blême ! 6
70 Moi-même je mourrais… d’ennui, 8
         En plein jour, rien qu’à voir celui 8
         De Vénus elle-même ! » 6
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