PRU_1/PRU10
René-François Sully Prudhomme
Les Vaines Tendresses
1875
L'ÉPOUSÉE
         Elle est fragile à caresser, 8
         L'Épousée au front diaphane, 8
         Lis pur qu'un rien ternit et fane, 8
         Lis tendre qu'un rien peut froisser, 8
5 Que nul homme ne peut presser, 8
         Sans remords, sur son cœur profane. 8
         La main digne de l'approcher 8
         N'est pas la main rude qui brise 8
         L'innocence qu'elle a surprise 8
10 Et se fait jeu d'effaroucher, 8
         Mais la main qui semble toucher 8
         Au blanc voile comme une brise ; 8
         La lèvre qui la doit baiser 8
         N'est pas la lèvre véhémente, 8
15 Effroi d'une novice amante 8
         Qui veut le respect pour oser, 8
         Mais celle qui se vient poser 8
         Comme une ombre d'abeille errante. 8
         Et les bras faits pour l'embrasser, 8
20 Ne sont pas les bras dont l'étreinte 8
         Laisse une impérieuse empreinte 8
         Au corps qu'ils aiment à lasser, 8
         Mais ceux qui savent l'enlacer 8
         Comme une onde où l'on dort sans crainte. 8
25 L'hymen doit la discipliner 8
         Sans lire sur son front un blâme, 8
         Et les prémices qu'il réclame 8
         Les faire à son cœur deviner : 8
         Elle est fleur, il doit l'incliner, 8
30 La chérir sans lui troubler l'âme. 8
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