PRU_1/PRU9
René-François Sully Prudhomme
Les Vaines Tendresses
1875
L'AMOUR MATERNEL
A MAURICE CHÉVRIER
         Fait d'héroïsme et de clémence, 8
         Présent toujours au moindre appel, 8
         Qui de nous peut dire où commence, 8
         Où finit l'amour maternel ! 8
5 Il n'attend pas qu'on le mérite, 8
         Il plane en deuil sur les ingrats ; 8
         Lorsque le père déshérite 8
         La mère laisse ouverts ses bras ; 8
         Son crédule dévoûment reste 8
10 Quand les plus vrais nous ont menti, 8
         Si téméraire et si modeste 8
         Qu'il s'ignore et n'est pas senti. 8
         Pour nous suivre il monte ou s'abîme, 8
         À nos revers toujours égal, 8
15 Ou si profond ou si sublime 8
         Que sans maître il est sans rival : 8
         Est-il de retraite plus douce 8
         Qu'un sein de mère, et quel abri 8
         Recueille avec moins de secousse 8
20 Un cœur fragile endolori ? 8
         Quel est l'ami qui sans colère 8
         Se voit pour d'autres négligé ? 8
         Qu'on méconnaît sans lui déplaire, 8
         Si bon qu'il n'en soit qu'affligé ? 8
25 Quel ami dans un précipice 8
         Nous joint sans espoir de retour, 8
         Et ne sent quelque sacrifice 8
         Où la mère ne sent qu'amour ? 8
         Lequel n'espère un avantage 8
30 Des échanges de l'amitié ? 8
         Que de fois la mère partage 8
         Et ne garde pas sa moitié ! 8
         Ô mère, unique Danaïde 8
         Dont le zèle soit sans déclin, 8
35 Et qui, sans maudire le vide, 8
         Y penche un grand cœur toujours plein ! 8
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