REG_2/REG110
Henri de Regnier
LES JEUX RUSTIQUES ET DIVINS
1897
ARÉTHUSE
FLÛTES D’AVRIL ET DE SEPTEMBRE
Héroïde
         Quand j’eus cueilli la fleur qui pousse au rameau d’or 12
         Et qu’il faut respirer pour aller vers la Mort 12
         À Perséphone en pleurs réclamer Eurydice, 12
         Sans que la main tressaille ou que le front pâlisse 12
5 De revoir femme encor celle qui fut une ombre ; 12
         Ayant passé le fleuve et nourri les colombes 12
         Qui volent vers l’Amour et mènent vers l’Espoir, 12
         Je m’arrêtai, parmi les arbres du bois noir, 12
         Attendant que la nuit fît face à mon Destin 12
10 Où rien n’avait comblé le désir de mes mains, 12
         Ni la fleur d’or, ni l’eau du fleuve et les colombes 12
         Ni l’amour, ni l’espoir enfuis avec cette Ombre 12
         Qui détourna la tête et ne répondit plus. 12
         C’était le soir dans la forêt, quand j’aperçus, 12
15 Parmi le tourbillon, là-bas, d’un feu qui fume, 12
         La flamme d’une forge ardente où, sur l’enclume, 12
         On forgeait au marteau, sonores, des épées ! 12
         Et j’en pris une, et la branche que j’ai coupée 12
         Ne refleurira plus sa fleur de songe et d’or, 12
20 Et j’ai tué les colombes et j’ai encor 12
         Frappé du glaive clair l’Ombre mystérieuse, 12
         Et mon âme, depuis, est cette furieuse 12
         Qui, dans le bois tragique et près du fleuve sombre, 12
         Erre, odieuse aux fleurs et funeste aux colombes. 12
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