REN_4/REN201
Armand Renaud
Drames du peuple
1885
PATRIE
A nos Drapeaux
14 juillet 1880.
         DRAPEAUX militaires, symboles 8
         De la patrie et du devoir, 8
         Les plus légitimes idoles 8
         Qu'une nation puisse avoir, 8
5 Dans vos plis flotte l'espérance, 8
         Le mystère des jours futurs ; 8
         Vous êtes le vol de la France, 8
         S'élançant dans des cieux plus purs. 8
         Le coq gaulois, les lys, les aigles 8
10 A terre ont roulé tour à tour. 8
         Dans les champs, l'épaisseur des seigles 8
         Recouvre leur éclat d'un jour. 8
         Au sommet de vos hampes neuves 8
         Ces vieux emblèmes ne sont plus ; 8
15 Trop de tempêtes, trop d'épreuves 8
         Les ont emportés dans leur flux. 8
         Les bravos, les bruits de fanfare 8
         Qui les accueillaient ont cessé. 8
         Il n'est resté debout qu'un phare 8
20 Du monde avec eux renversé. 8
         Ce feu qui jamais ne varie, 8
         Qui luit sans cesse à tous les yeux. 8
         C'est le phare de la Patrie, 8
         C'est le legs sacré des aïeux. 8
25 Mais voici des clartés nouvelles. 8
         Vers ces lointains de l'avenir. 8
         De l'idée aurez-vous les ailes, 8
         Les ailes pour vous soutenir ? 8
         Des ailes cherchant la justice 8
30 Et la liberté sans repos, 8
         Fuyant toute gloire factice, 8
         Aurez-vous ces ailes, drapeaux ? 8
         Irez-vous droit, sans défaillance. 8
         Vers ce monde du lendemain. 8
35 Ayant le progrès pour croyance 8
         Et pour amour le genre humain ? 8
         Aujourd'hui, c'est bien. C'est la foule, 8
         Les clameurs montant par milliers, 8
         Le défilé du train qui roule. 8
40 Le cliquetis des cavaliers. 8
         C'est bien ; on espère, on oublie. 8
         Mais à ce fracas palpitant 8
         Se mêle une mélancolie. 8
         Pour qui se recueille un instant. 8
45 Car il pense aux fêtes pareilles. 8
         Pour d'autres drapeaux, autrefois : 8
         Trônes fastueux, chants, merveilles 8
         — Et plus rien : drapeaux ni pavois ! 8
         On avait pourtant, comme garde. 8
50 De vieux régiments à chevrons. 8
         L'Europe devenait blafarde 8
         Dès qu'on soufflait dans les clairons. 8
         Oh ! les conquérants, les armées 8
         Foulant aux pieds les nations ! 8
55 — Rien que poussières et fumées, 8
         Après tant d'acclamations ! 8
         Vous, drapeaux de la République, 8
         Pour aller plus loin et plus haut, 8
         Pour que votre éclat symbolique 8
60 N'ait pas de déclin, ce qu'il faut, 8
         C'est qu'à servir les bonnes causes 8
         Toujours prêts, toujours les premiers, 8
         Vous affranchissiez toutes choses. 8
         Et que jamais vous n'opprimiez. 8
65 Alors les peuples, dans leur ombre. 8
         Se tournant vers votre clarté. 8
         Salueront de leurs voix sans nombre 8
         L'aurore de leur liberté. 8
         Et, quelque destin qui s'attache 8
70 A vous, triomphants ou brisés, 8
         Votre honneur restera sans tache 8
         Sur vos lambeaux éternisés. 8
         Parfois, de ses rouges fumées 8
         L'incendie, en son flamboiement, 8
75 Éclipse les lueurs aimées 8
         Des étoiles du firmament ; 8
         Et parfois, de même, la force. 8
         Pour un jour de triomphe étroit. 8
         Fait croire à l'éternel divorce 8
80 De la victoire avec le droit. 8
         Mais le feu s'éteint ; les désastres 8
         Sont tout ce qui reste de lui. 8
         Et de nouveau luisent les astres, 8
         Comme la veille ils avaient lui. 8
85 Que, triomphant de tous les voiles, 8
         A vos sommets, les flammes d'or 8
         Soient pour tous comme ces étoiles 8
         Que nul n'a vu s'éteindre encor, 8
         Ces étoiles dont nul ne doute, 8
90 Et qui, pôles de leurs travaux. 8
         Aux chercheurs désignent la route 8
         Pour trouver les mondes nouveaux ! 8
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