RIM_3/RIM64
Arthur Rimbaud
POÈMES ZUTIQUES ET PARA-ZUTIQUES
1871-1872
POÈMES DE L'ALBUM ZUTIQUE
Remembrances du vieillard idiot
         Pardon, mon père !
         Jeune, aux foires de campagne,
         Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne, 12
         Mais l'endroit plein de cris où les ânes, le flanc 12
         Fatigué, déployaient ce long tube sanglant 12
         Que je ne comprends pas encore !…
5 [Et puis] ma mère,
         Dont la chemise avait une senteur amère 12
         Quoique fripée au bas et jaune comme un fruit, 12
         Ma mère qui montait au lit avec un bruit 12
         — Fils du travail pourtant, — ma mère, avec sa cuisse 12
10 De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse 12
         Le linge, me donna ces chaleurs que l'on tait !… 12
         Une honte plus crue et plus calme, c'était 12
         Quand ma petite sœur, au retour de la classe, 12
         Ayant usé longtemps ses sabots sur la glace, 12
15 Pissait, et regardait s'échapper de sa lèvre 12
         D'en bas serrée et rose, un fil d'urine mièvre !… 12
         Ô pardon !
         Je songeais à mon père parfois :
         Le soir, le jeu de carte et les mots plus grivois, 12
         Le voisin, et moi qu'on écartait, choses vues… 12
20 — Car un père est troublant ! — et les choses conçues !… 12
         Son genou, câlineur parfois ; son pantalon 12
         Dont mon doigt désirait ouvrir la fente… — oh ! non ! — 12
         Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père, 12
         Dont la pileuse main me berçait !…
         Je veux taire
25 Le pot, l'assiette à manche, entrevue au grenier, 12
         Les almanachs couverts en rouge, et le panier 12
         De charpie, et la Bible, et les lieux, et la bonne, 12
         La Sainte-Vierge et le crucifix…
         Oh ! personne
         Ne fut si fréquemment troublé, comme étonné ! 12
30 Et maintenant, que le pardon me soit donné : 12
         Puisque les sens infects m'ont mis de leurs victimes, 12
         Je me confesse de l'aveu des jeunes crimes !… 12
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
         Puis ! — qu'il me soit permis de parler au Seigneur ! — 12
         Pourquoi la puberté tardive et le malheur 12
35 Du gland tenace et trop consulté ? Pourquoi l'ombre 12
         Si lente au bas du ventre ? et ces terreurs sans nombre 12
         Comblant toujours la joie ainsi qu'un gravier noir ? 12
         — Moi j'ai toujours été stupéfait ! Quoi savoir ? 12
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
         Pardonné ?…
         Reprenez la chancelière bleue,
         Mon père.
         Ô cette enfance !......
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
40 — et tirons-nous la queue !
François Coppée
A. R.
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