ROL_1/ROL13
Maurice Rollinat
Dans Les Brandes
Poèmes Et Rondels
1877
LA CONFIDENCE
         Tu me disais hier avec un doux sourire : 12
         « Oh ! oui ! puisqu'il est vrai que mon amour t'inspire, 12
         « Je m'en vais t'aimer plus encor ! 8
         « Que pour toujours alors, poète qui m'embrases, 12
5 « La fleur de l'idéal embaume tes extases 12
         « Dans un brouillard de nacre et d'or ! » 8
         — Et moi, je savourais tes paroles sublimes, 12
         Mon âme s'envolait dans les airs, sur les cimes, 12
         Et l'énigme se dévoilait. 8
10 L'étang pour ma pensée étoilait ses eaux mornes, 12
         Et fraternellement la stupeur des viornes 12
         Avec la mienne se mêlait. 8
         Alors, je comprenais le mystère des choses. 12
         Ce verbe de parfums que chuchotent les roses 12
15 Vibrait tendre dans mes douleurs ; 8
         Ce qui pleure ou qui rit, ce qui hurle ou qui chante, 12
         Tout me parlait alors d'une voix si touchante 12
         Que mes yeux se mouillaient de pleurs. 8
         Le bœuf languissamment étendu près d'un saule 12
20 Et clignant ses grands yeux en se léchant l'épaule 12
         Qu'ont fait saigner les aiguillons ; 8
         Les veaux effarouchés, trottant par les pelouses 12
         Où viennent folâtrer, sur l'or bruni des bouses, 12
         Libellules et papillons ; 8
25 Le poulain qui hennit avec des bonds superbes 12
         Auprès de la jument paissant les hautes herbes, 12
         Les grillons dans le blé jauni ; 8
         Le soleil s'allumant rouge dans les bruines 12
         Et baignant de clartés sanglantes les ruines 12
30 Où la chouette fait son nid ; 8
         L'ânon poilu tétant sa nourrice qui broute, 12
         La pie aux yeux malins sautillant sur la route, 12
         L'aspic vif et les crapauds lourds, 8
         Le chien, la queue au vent, et l'œil plein de tendresse, 12
35 Approchant son museau de mes doigts qu'il caresse 12
         Avec sa langue de velours ; 8
         Les ruisseaux hasardeux, les côtes, les descentes, 12
         Le brin d'herbe du roc, et la flaque des sentes, 12
         L'arbre qui dit je ne sais quoi ; 8
40 La coccinelle errant dans la fraîcheur des mousses : 12
         Parfum, souffle, musique, apparitions douces, 12
         La nature vivait en moi. 8
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