ROL_1/ROL14
Maurice Rollinat
Dans Les Brandes
Poèmes Et Rondels
1877
LA PROMENADE CHAMPÊTRE
         Mai, le plus amoureux des mois, 8
         Fleurit et parfume les haies. 8
         Allons-nous-en dans les chênaies, 8
         Égarons-nous au fond des bois ! 8
5 Cherchons la source et les clairières, 8
         Dormons à l'ombre du bouleau ; 8
         Un bon soleil ami de l'eau 8
         Sourit aux flaques des carrières. 8
         Et tous deux nous nous enfonçons 8
10 Dans la campagne ! et, champs, prairies, 8
         Brandes, mares et métairies 8
         Tout ça rêve entre les buissons. 8
         Intrigués par notre costume, 8
         Les bœufs, avec un œil dormant 8
15 Nous considèrent gravement 8
         En léchant leur mufle qui fume. 8
         Mélancolique et cher pays, 8
         À nous tes petites auberges, 8
         Ta Gargilesse humble et tes berges 8
20 Si pleines d'ombre et de fouillis ! 8
         Nous deux nous sommes les touristes 8
         Familiers de tes casse-cou, 8
         Et nous adorons le coucou 8
         Qui pleure dans tes bois si tristes. 8
25 — Traversons la cour du fermier : 8
         Au fond, le chien dort sous un frêne, 8
         Lentement un crapaud se traîne 8
         Horrible et doux sur le fumier. 8
         Ici, la cane barboteuse 8
30 Glousse devant un soupirail ; 8
         Là, des bergers frottent leur ail 8
         Sur une croûte raboteuse. 8
         Tiens ! voici venir chevauchant, 8
         Assis sur des sacs de farine, 8
35 Le grand Pierre à qui Mathurine 8
         Songe plus d'une fois au champ. 8
         Insoucieux, il se balance, 8
         Jetant sa voix claire à l'écho, 8
         Déhanché sur son bourriquot, 8
40 Et tout rempli de nonchalance. 8
         Angélique, au bord du lavoir, 8
         À genoux dans l'herbe et la mousse, 8
         Tape et tord le linge qui mousse. 8
         C'est tout un plaisir de la voir ! 8
45 Il sonne en vain le battoir jaune, 8
         Les grenouilles n'en ont pas peur. 8
         Dans une sereine torpeur, 8
         Elles songent au pied d'un aune. 8
         Que nous font les terrains vaseux 8
50 Puisque chantent les pastourelles, 8
         Et qu'on peut voir dans les nids frêles 8
         Le mystère des petits œufs ? 8
         La pente est rude, mais la roche 8
         Où le pied se pose au hasard 8
55 S'émeraude avec le lézard, 8
         Et voici que la Creuse est proche ! 8
         Là-bas, Margot jacasse avec 8
         Autant de feu qu'une dévote, 8
         Elle court, sautille et pivote, 8
60 Hochant la queue, ouvrant le bec. 8
         Impossible d'être plus drôle ! 8
         Elle danse, et va s'amusant 8
         D'un beau petit caillou luisant, 8
         Et d'un brin d'herbe qui la frôle. 8
65 Du fond des chemins oubliés 8
         Où notre semelle s'attache, 8
         Nous voyons la vieille patache 8
         Qui roule entre les peupliers. 8
         Quand les coups de fouets aiguillonnent 8
70 Les pauvres chevaux courbatus, 8
         Sur les colliers hauts et pointus, 8
         Comme les grelots carillonnent ! 8
         Et la hutte en chaume terreux, 8
         Abri des petites bergères, 8
75 Est au milieu de ses fougères 8
         Hospitalière aux amoureux. 8
         Dans un mystère délectable, 8
         Las de courir et de causer, 8
         Nous venons nous y reposer, 8
80 Sur la paille qui sent l'étable. 8
mètre profil métrique : 8
logo de l'université   logo de l'université  
CRISCO - Université de Caen Normandie