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Paul Verlaine
POÈMES SATURNIENS
1866
MELANCOLIA
III
Après Trois Ans
         Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, 12
         Je me suis promené dans le petit jardin 12
         Qu’éclairait doucement le soleil du matin, 12
         Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. 12
5 Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle 12
         De vigne folle avec les chaises de rotin… 12
         Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin 12
         Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle. 12
         Les roses comme avant palpitent ; comme avant, 12
10 Les grands lys orgueilleux se balancent au vent. 12
         Chaque alouette qui va et vient m’est connue. 12
         Même j’ai retrouvé debout la Velléda 12
         Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue, 12
         — Grêle, parmi l’odeur fade du réséda. 12
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