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Paul Verlaine
POÈMES SATURNIENS
1866
PAYSAGES TRISTES
IV
Nuit du Walpurgis classique
         C’est plutôt le sabbat du second Faust que l’autre. 12
         Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement 12
         Rhythmique. — Imaginez un jardin de Lenôtre, 12
         Correct, ridicule et charmant. 8
5 Des ronds-points ; au milieu, des jets d’eau ; des allées 12
         Toutes droites ; sylvains de marbre ; dieux marins 12
         De bronze ; çà et là, des Vénus étalées ; 12
         Des quinconces, des boulingrins ; 8
         Des châtaigniers ; des plants de fleurs formant la dune ; 12
10 Ici, des rosiers nains qu’un goût docte effila ; 12
         Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune 12
         D’un soir d’été sur tout cela. 8
         Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique 12
         Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air 12
15 De chasse : tel, doux, lent, sourd et mélancolique, 12
         L’air de chasse de Tannhäuser. 8
         Des chants voilés de cors lointains où la tendresse 12
         Des sens étreint l’effroi de l’âme en des accords 12
         Harmonieusement dissonants dans l’ivresse ; 12
20 Et voici qu’à l’appel des cors 8
         S’entrelacent soudain des formes toutes blanches, 12
         Diaphanes, et que le clair de lune fait 12
         Opalines parmi l’ombre verte des branches, 12
         — Un Watteau rêvé par Raffet ! — 8
25 S’entrelacent parmi l’ombre verte des arbres 12
         D’un geste alangui, plein d’un désespoir profond, 12
         Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres 12
         Très lentement dansent en rond. 8
         — Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée 12
30 Du poète ivre, ou son regret, ou son remords, 12
         Ces spectres agités en tourbe cadencée, 12
         Ou bien tout simplement des morts ? 8
         Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu’invite 12
         L’horreur, ou ton regret, ou ta pensée, — hein ? — tous 12
35 Ces spectres qu’un vertige irrésistible agite, 12
         Ou bien des morts qui seraient fous ? — 8
         N’importe ! ils vont toujours, les fébriles fantômes, 12
         Menant leur ronde vaste et morne et tressautant 12
         Comme dans un rayon de soleil des atomes, 12
40 Et s’évaporent à l’instant 8
         Humide et blême où l’aube éteint l’un après l’autre 12
         Les cors, en sorte qu’il ne reste absolument 12
         Plus rien — absolument — qu’un jardin de Lenôtre, 12
         Correct, ridicule et charmant. 8
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