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Paul Verlaine
POÈMES SATURNIENS
1866
PAYSAGES TRISTES
VII
Le Rossignol
         Comme un vol criard d’oiseaux en émoi, 10
         Tous mes souvenirs s’abattent sur moi, 10
         S’abattent parmi le feuillage jaune 10
         De mon cœur mirant son tronc plié d’aune 10
5 Au tain violet de l’eau des Regrets 10
         Qui mélancoliquement coule auprès, 10
         S’abattent, et puis la rumeur mauvaise 10
         Qu’une brise moite en montant apaise, 10
         S’éteint par degrés dans l’arbre, si bien 10
10 Qu’au bout d’un instant on n’entend plus rien, 10
         Plus rien que la voix célébrant l’Absente, 10
         Plus rien que la voix — ô si languissante ! — 10
         De l’oiseau que fut mon Premier Amour, 10
         Et qui chante encor comme au premier jour ; 10
15 Et dans la splendeur triste d’une lune 10
         Se levant blafarde et solennelle, une 10
         Nuit mélancolique et lourde d’été, 10
         Pleine de silence et d’obscurité, 10
         Berce sur l’azur qu’un vent doux effleure 10
20 L’arbre qui frissonne et l’oiseau qui pleure. 10
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