VER_1/VER46
Paul Verlaine
POÈMES SATURNIENS
1866
Sub Urbe
         Les petits ifs du cimetière 8
         Frémissent au vent hiémal, 8
         Dans la glaciale lumière. 8
         Avec des bruits sourds qui font mal, 8
5 Les croix de bois des tombes neuves 8
         Vibrent sur un ton anormal. 8
         Silencieux comme des fleuves, 8
         Mais gros de pleurs comme eux de flots, 8
         Les fils, les mères et les veuves, 8
10 Par les détours du triste enclos 8
         S'écoulent, – lente théorie, – 8
         Au rythme heurté des sanglots. 8
         Le sol sous les pieds glisse et crie, 8
         Là-haut de grands nuages tors 8
15 S'échevèlent avec furie. 8
         Pénétrant comme le remords, 8
         Tombe un froid lourd qui vous écœure 8
         Et qui doit filtrer chez les morts, 8
         Chez les pauvres morts, à toute heure 8
20 Seuls, et sans cesse grelottants, 8
         – Qu'on les oublie ou qu'on les pleure ! – 8
         Ah ! vienne vite le Printemps, 8
         Et son clair soleil qui caresse, 8
         Et ses doux oiseaux caquetants ! 8
25 Refleurisse l'enchanteresse 8
         Gloire des jardins et des champs 8
         Que l'âpre hiver tient en détresse ! 8
         Et que, – des levers aux couchants, – 8
         L'or dilaté d'un ciel sans bornes 8
30 Berce de parfums et de chants, 8
         Chers endormis, vos sommeils mornes ! 8
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