VER_1/VER54
Paul Verlaine
POÈMES SATURNIENS
1866
César Borgia
Portrait en pied
         Sur fond d'ombre noyant un riche vestibule 12
         Où le buste d'Horace et celui de Tibulle 12
         Lointains et de profil rêvent en marbre blanc, 12
         La main gauche au poignard et la main droite au flanc, 12
5 Tandis qu'un rire doux redresse la moustache, 12
         Le duc César en grand costume se détache. 12
         Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir 12
         Vont contrastant, parmi l'or somptueux d'un soir, 12
         Avec la pâleur mate et belle du visage 12
10 Vu de trois quarts et très ombré, suivant l'usage 12
         Des Espagnols ainsi que des Vénitiens 12
         Dans les portraits de rois et de patriciens. 12
         Le nez palpite, fin et droit. La bouche, rouge, 12
         Est mince, et l'on dirait que la tenture bouge 12
15 Au souffle véhément qui doit s'en exhaler. 12
         Et le regard, errant avec laisser-aller 12
         Devant lui, comme il sied aux anciennes peintures, 12
         Fourmille de pensers énormes d'aventures. 12
         Et le front, large et pur, sillonné d'un grand pli, 12
20 Sans doute de projets formidables rempli, 12
         Médite sous la toque où frissonne une plume 12
         S'élançant hors d'un nœud de rubis qui s'allume. 12
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