VOL_2/VOL28
La Pucelle d'Orléans
1752
CHANT VII
Argument
Comment Dunois sauva Dorothée, condamnée à la mort par l'inquisition.
         Lorsque autrefois,au printemps de mes jours, 4+6
         Je fus quittépar ma belle mtresse, 4+6
         Mon tendre cœurfut navré de tristesse, 4+6
         Et je pensairenoncer aux amours : 4+6
5 Mais d'offenserpar le moindre discours 4+6
         Cette beautéque j'avais encensée, 4+6
         De son bonheuroser troubler le cours, 4+6
         Un tel forfaitn'entra dans ma pensée. 4+6
         Gêner un cœur,ce n'est pas ma façon. 4+6
10 Que si je traiteainsi les infidèles, 4+6
         Vous comprenez,à plus forte raison, 4+6
         Que je respecteencor plus les cruelles. 4+6
         Il est affreuxd'aller persécuter 4+6
         Un tendre cœurque l'on n'a pu dompter. 4+6
15 Si la mtresseobjet de votre hommage 4+6
         Ne peut pour vousdes mêmes feux brûler, 4+6
         Cherchez ailleursun plus doux esclavage, 4+6
         On trouve assezde quoi se consoler ; 4+6
         Ou bien buvez,c'est un parti si sage. 4+6
20 Et plût à Dieuqu'en un cas tout pareil 4+6
         Le tonsuréqu'Amour rendit barbare, 4+6
         Cet oppresseurd'une beauté si rare, 4+6
         Se fût servid'un aussi bon conseil ! 4+6
          Déjà Dunoisà la belle affligée 4+6
25 Avait rendule courage et l'espoir : 4+6
         Mais avant toutil convenait savoir 4+6
         Les attentatsdont elle était chargée. 4+6
         " O vous, dit-elleen baissant ses beaux yeux, 4+6
         Ange divinqui descendez des cieux, 4+6
30 Vous qui venezprendre ici ma défense, 4+6
         Vous savez bienquelle est mon innocence ! " 4+6
         Dunois reprit :" Je ne suis qu'un mortel ; 4+6
         Je suis venupar une étrange allure, 4+6
         Pour vous sauverd'un trépas si cruel. 4+6
35 Nul dans les cœursne lit que l'Éternel. 4+6
         Je crois votre âmeet vertueuse et pure ; 4+6
         Mais dites-moi,pour Dieu, votre aventure. " 4+6
          Lors Dorothée,en essuyant les pleurs 4+6
         Dont le torrentson beau visage mouille, 4+6
40 Dit : " L'amour seula fait tous mes malheurs. 4+6
         Connaissez-vousmonsieur de La Trimouille ? 4+6
         — Oui, dit Dunois,c'est mon meilleur ami ; 4+6
         Peu de hérosont une âme aussi belle ; 4+6
         Mon roi n'a pointde guerrier plus fidèle, 4+6
45 L'Anglais n'a pointde plus fier ennemi ; 4+6
         Nul chevaliern'est plus digne qu'on l'aime. 4+6
         Il est trop vrai,dit-elle, c'est lui-même ; 4+6
         Il ne s'est pasécoulé plus d'un an 4+6
         Depuis le jourqu'il a quitté Milan. 4+6
50 C'est en ces lieuxqu'il m'avait adorée ; 4+6
         Il le jurait,et j'ose être assurée 4+6
         Que son grand cœurest toujours enflammé, 4+6
         Qu'il m'aime encor,car il est trop aimé. 4+6
         — Ne doutez point,dit Dunois, de son âme ; 4+6
55 Votre beautévous répond de sa flamme. 4+6
         Je le connais ;il est, ainsi que moi, 4+6
         A ses amoursfidèle comme au roi. " 4+6
          L'autre reprit :" Ah ! monsieur, je vous croi. 4+6
         O jour heureux je le vis partre, 4+6
60 des mortelsil était à mes yeux 4+6
         Le plus aimableet le plus vertueux, 4+6
         de mon cœuril se rendit le mtre ! 4+6
         Je l'adoraisavant que ma raison 4+6
         t pu savoirsi je l'aimais ou non. 4+6
65  " Ce fut, monsieur,ô moment délectable ! 4+6
         Chez l'archevêque, nous étions à table, 4+6
         Que ce héros,plein de sa passion, 4+6
         Me fit, me fitsa déclaration. 4+6
         Ah ! j'en perdisla parole et la vue 4+6
70 Mon sang brûlad'une ardeur inconnue : 4+6
         Du tendre amourj'ignorais le danger, 4+6
         Et de plaisirje ne pouvais manger. 4+6
         Le lendemainil me rendit visite : 4+6
         Elle fut courte,il prit congé trop vite. 4+6
75 Quand il partit,mon cœur le rappelait ; 4+6
         Mon tendre cœuraprès lui s'envolait. 4+6
         Le lendemain,il eut un tête-à-tête 4+6
         Un peu plus long,mais non pas moins honnête. 4+6
         Le lendemainil en reçut le prix, 4+6
80 Par deux baiserssur mes lèvres ravis. 4+6
         Le lendemainil osa davantage ; 4+6
         Il me promitla foi de mariage. 4+6
         Le lendemainil fut entreprenant ; 4+6
         Le lendemainil me fit un enfant. 4+6
85 Que dis-je ? hélas !faut-il que je raconte 4+6
         De point en pointmes malheurs et ma honte. 4+6
         Sans que je sache,ô digne chevalier, 4+6
         A quel hérosj'ose me confier ? " 4+6
          Le chevalier,par pure obéissance, 4+6
90 Dit, sans vanterses faits ni sa naissance : 4+6
         " Je suis Dunois." C'était en dire assez. 4+6
         " Dieu, reprit-elle,ô Dieu, qui m'exaucez, 4+6
         Quoi, vos bontésfont voler à mon aide 4+6
         Ce grand Dunois,ce bras à qui tout cède ! 4+6
95 Ah ! qu'on voit biend' vous tenez le jour, 4+6
         Charmant bâtard,cœur noble, âme sublime ! 4+6
         Le tendre Amourme faisait sa victime ; 4+6
         Mon salut vientd'un enfant de l'Amour. 4+6
         Le ciel est juste,et l'espoir me ranime. 4+6
100  " Vous saurez donc,brave et gentil Dunois, 4+6
         Que mon amant,au bout de quelques mois, 4+6
         Fut obligéde partir pour la guerre, 4+6
         Guerre funeste,et maudite Angleterre ! 4+6
         Il écoutala voix de son devoir. 4+6
105 Mon tendre amourétait au désespoir. 4+6
         Un tel étatvous est connu sans doute, 4+6
         Et vous savez,monsieur, ce qu'il en cte. 4+6
         Ce fier devoirfit seul tous nos malheurs ; 4+6
         Je l'éprouvaisen répandant des pleurs : 4+6
110 Mon cœur étaitforcé de se contraindre, 4+6
         Et je mourais,mais sans pouvoir me plaindre. 4+6
         Il me donnale présent amoureux 4+6
         D'un braceletfait de ses blonds cheveux, 4+6
         Et son portraitqui, trompant son absence, 4+6
115 M'a fait cent foisretrouver sa présence. 4+6
         Un cher écritsurtout il me laissa, 4+6
         Que de sa mainle ferme Amour traça. 4+6
         C'était, monsieur,une juste promesse, 4+6
         Un sûr garantde sa sainte tendresse : 4+6
120 On y lisait :Je jure par l'Amour, 4+6
         Par les plaisirsde mon âme enchantée, 4+6
         De revenirbientôt en cette cour, 4+6
         Pour épouserma chère Dorothée. 4+6
         Las ! il partit,il porta sa valeur 4+6
125 Dans Orléans.Peut-être il est encore 4+6
         Dans ces remparts l'appela l'honneur. 4+6
         Ah ! s'il savaitquels maux et quelle horreur 4+6
         Sont, loin de lui,le prix de mon ardeur ! 4+6
         Non, juste ciel !il vaut mieux qu'il l'ignore. 4+6
130  " Il partit donc ;et moi je m'en allai, 4+6
         Loin des souonsd'une ville indiscrète, 4+6
         Chercher aux champsune sombre retraite, 4+6
         Conforme aux soinsde mon cœur désolé. 4+6
         Mes parents morts,libre dans ma tristesse, 4+6
135 Cachée au monde,et fuyant tous les yeux, 4+6
         Dans le secretle plus mystérieux 4+6
         J'ensevelismes pleurs et ma grossesse. 4+6
         Mais par malheur,hélas ! je suis la nièce 4+6
         De l'archevêque" A ces funestes mots, 4+6
140 Elle sentitredoubler ses sanglots. 4+6
         Puis vers le cieltournant ses yeux en larmes : 4+6
         " J'avais, dit-elle,en secret mis au jour 4+6
         Le tendre fruitde mon furtif amour ; 4+6
         Avec mon filsconsolant mes alarmes, 4+6
145 De mon amantj'attendais le retour. 4+6
         A l'archevêqueil prit en fantaisie 4+6
         De venir voirquelle espèce de vie 4+6
         Menait sa nièceau fond de ses forêts 4+6
         Pour ma campagneil quitta son palais. 4+6
150 Il fut touchéde mes faibles attraits : 4+6
         Cette beauté,présent cher et funeste, 4+6
         Ce don fatal,qu'aujourd'hui je déteste, 4+6
         Pea son cœurdes plus dangereux traits. 4+6
         Il s'expliqua :ciel ! que je fus surprise ! 4+6
155 Je lui parlaides devoirs de son rang, 4+6
         De son état,des nœuds sacrés du sang : 4+6
         Je remontrail'horreur de l'entreprise ; 4+6
         Elle outrageaitla nature et l'Église. 4+6
         Hélas ! j'eus beaului parler de devoir, 4+6
160 Il s'entêtad'un chimérique espoir. 4+6
         Il se flattaitque mon cœur indocile 4+6
         D'aucun objetne s'était prévenu, 4+6
         Qu'enfin l'amourne m'était point connu, 4+6
         Que son triompheen serait plus facile ; 4+6
165 Il m'accablaitde ses soins fatigants, 4+6
         De ses désirsrebutés et pressants. 4+6
          " Hélas ! un jour,que toute à ma tristesse 4+6
         Je relisaiscette douce promesse, 4+6
         Que de mes pleursje mouillais cet écrit, 4+6
170 Mon cruel oncleen lisant me surprit. 4+6
         Il se saisit,d'une main ennemie, 4+6
         De ce papierqui contenait ma vie : 4+6
         Il lut ; il vitdans cet écrit fatal 4+6
         Tous mes secrets,ma flamme, et son rival. 4+6
175 Son âme alors,jalouse et forcenée, 4+6
         A ses désirsfut plus abandonnée. 4+6
         Toujours alerte,et toujours m'épiant, 4+6
         Il sut bientôtque j'avais un enfant. 4+6
         Sans doute un autreen t perdu courage. 4+6
180 Mais l'archevêqueen devint plus ardent ; 4+6
         Et se sentantsur moi cet avantage : 4+6
         " Ah ! me dit-il,n'est-ce donc qu'avec moi 4+6
         " Que vous avezla fureur d'être sage ? 4+6
         " Et vos faveursseront le seul partage 4+6
185 " De l'étourdiqui ravit votre foi ! 4+6
         " Osez-vous bienme faire résistance ? 4+6
         " Y pensez-vous ?Vous ne méritez pas 4+6
         " Le fol amourque j'ai pour vos appas : 4+6
         " Cédez sur l'heure,ou craignez ma vengeance. " 4+6
190 Je me jetaitremblante à ses genoux ; 4+6
         J'attestai Dieu,je répandis des larmes. 4+6
         Lui, furieuxd'amour et de courroux, 4+6
         En cet étatme trouva plus de charmes. 4+6
         Il me renverse,et va me violer ; 4+6
195 A mon secoursil fallut appeler : 4+6
         Tout son amoursoudain se tourne en rage. 4+6
         D'un oncle, ô ciel,souffrir un tel outrage ! 4+6
         De coups affreuxil meurtrit mon visage. 4+6
         On vient au bruit ;mon oncle au même instant 4+6
200 Joint à son crimeun crime encor plus grand : 4+6
         " Chrétiens, dit-il,ma nièce est une impie ; 4+6
         " Je l'abandonne,et je l'excommunie : 4+6
         " Un hérétique,un damné suborneur, 4+6
         " Publiquementa fait son déshonneur ; 4+6
205 " L'enfant qu'ils ontest un fruit d'adultère. 4+6
         " Que Dieu confondeet le fils et la mère 4+6
         " Et puisqu'ils ontma malédiction, 4+6
         " Qu'ils soient livrésà l'inquisition ! " 4+6
          " Il ne fit pointune menace vaine ; 4+6
210 Et dans Milanle trtre arrive à peine, 4+6
         Qu'il fait agirle grand inquisiteur. 4+6
         On me saisit,prisonnière on m'entrne 4+6
         Dans des cachots, le pain de douleur 4+6
         Était ma seuleet triste nourriture : 4+6
215 Lieux souterrains,lieux d'une nuit obscure, 4+6
         Séjour des morts,et tombeau des vivants ! 4+6
         Après trois jourson me rend la lumière, 4+6
         Mais pour la perdreau milieu des tourments. 4+6
         Vous les voyez,ces brasiers dévorants 4+6
220 C'est là qu'il fautexpirer à vingt ans. 4+6
         Voilà mon lità mon heure dernière ! 4+6
         C'est-là, c'est-là,sans votre bras vengeur, 4+6
         Qu'on m'arrachaitla vie avec l'honneur ! 4+6
         Plus d'un guerrieraurait, selon l'usage, 4+6
225 Pris ma défense,et pour moi combattu ; 4+6
         Mais l'archevêqueenchne leur vertu : 4+6
         Contre l'Égliseils n'ont point de courage. 4+6
         Qu'attendre, hélas !d'un cœur italien ? 4+6
         Ils tremblent tousà l'aspect d'une étole ; 4+6
230 Mais un Françaisn'est alarmé de rien, 4+6
         Et braveraitle pape au Capitole. " 4+6
          A ces propos,Dunois piqué d'honneur, 4+6
         Plein de pitiépour la belle accusée, 4+6
         Plein de courrouxpour son persécuteur, 4+6
235 Brûlait déjàd'exercer sa valeur, 4+6
         Et se flattaitd'une victoire aisée. 4+6
         Bien surpris futde se voir entouré 4+6
         De cent archers,dont la cohorte fière 4+6
         L'investissaitnoblement par derrière. 4+6
240 Un cuistre en robe,avec bonnet carré, 4+6
         Criait d'un tonde vrai miserere : 4+6
          " On fait savoir,de par la sainte Église, 4+6
         Par monseigneur,pour la gloire de Dieu, 4+6
         A tous chrétiensque le ciel favorise, 4+6
245 Que nous venonsde condamner au feu 4+6
         Cet étranger,ce champion profane, 4+6
         De Dorothéeinfâme chevalier, 4+6
         Comme infidèle,hérétique, et sorcier ; 4+6
         Qu'il soit brûlésur l'heure avec son âne. " 4+6
250  Cruel prélat,Busiris en soutane, 4+6
         C'était, perfide,un tour de ton métier ; 4+6
         Tu redoutaisle bras de ce guerrier ; 4+6
         Tu t'entendaisavec le saint-office 4+6
         Pour opprimer,sous le nom de justice, 4+6
255 Quiconque t pulever le voile affreux 4+6
         Dont tu cachaiston crime à tous les yeux. 4+6
          Tout aussitôtl'assassine cohorte, 4+6
         Du saint-officeabominable escorte, 4+6
         Pour se saisirdu superbe Dunois, 4+6
260 Deux pas avance,et recule de trois ; 4+6
         Puis marche encor ;puis se signe, et s'arrête. 4+6
         Sacrogorgon,qui tremblait à leur tête, 4+6
         Leur crie : " Allons,il faut vaincre ou périr ; 4+6
         De ce sorciertâchons de nous saisir. " 4+6
265 Au milieu d'euxles diacres de la ville, 4+6
         Les sacristainsarrivent à la file : 4+6
         L'un tient un pot,et l'autre un goupillon ; 4+6
         Ils font leur ronde,et de leur eau salée 4+6
         Bentementaspergent l'assemblée. 4+6
270 On exorcise,on maudit le démon ; 4+6
         Et le prélat,toujours l'âme troublée, 4+6
         Donne partoutsa bénédiction. 4+6
          Le grand Dunois,non sans émotion, 4+6
         Voit qu'on le prendpour envoyé du diable : 4+6
275 Lors saisissantde son bras redoutable 4+6
         Sa grande épée,et de l'autre montrant 4+6
         Un chapelet,catholique instrument, 4+6
         De son salutcher et sacré garant : 4+6
         " Allons, dit-il,venez à moi, mon âne. " 4+6
280 L'âne descend,Dunois monte, et soudain 4+6
         Il va frappant,en moins d'un tour de main, 4+6
         De ces croyantsla cohorte profane. 4+6
         Il perce à l'unle sternum et le bras ; 4+6
         Il atteint l'autreà l'os qu'on nomme atlas ; 4+6
285 Qui voit tomberson nez et sa mâchoire, 4+6
         Qui son oreille,et qui son humérus ; 4+6
         Qui pour jamaiss'en va dans la nuit noire, 4+6
         Et qui s'enfuitdisant ses oremus. 4+6
         L'âne, au milieudu sang et du carnage, 4+6
290 Du paladinseconde le courage ; 4+6
         Il vole, il rue,il mord, il foule aux pieds 4+6
         Ce tourbillonde faquins effrayés. 4+6
         Sacrogorgon,abaissant sa visière, 4+6
         Toujours jurant,s'en allait en arrière ; 4+6
295 Dunois le joint,l'atteint à l'os pubis : 4+6
         Le fer sanglantlui sort par le coccix : 4+6
         Le vilain tombe,et le peuple s'écrie : 4+6
         " Béni soit Dieu !le barbare est sans vie. " 4+6
          Le scélératencor se débattait 4+6
300 Sur la poussière,et son cœur palpitait, 4+6
         Quand le héroslui dit : " Âme trtresse, 4+6
         L'enfer t'attend ;crains le diable, et confesse 4+6
         Que l'archevêqueest un coquin mitré, 4+6
         Un ravisseur,un parjure avéré ; 4+6
305 Que Dorothéeest l'innocence même, 4+6
         Qu'elle est fidèleau tendre amant qu'elle aime, 4+6
         Et que tu n'esqu'un sot et qu'un fripon. 4+6
         — Oui, monseigneur,oui, vous avez raison : 4+6
         Je suis un sot,la chose est par trop claire, 4+6
310 Et votre épéea prouvé cette affaire. " 4+6
         Il dit : son âmealla chez le démon. 4+6
         Ainsi mourutle fier Sacrogorgon. 4+6
          Dans l'instant même, ce bravache infâme 4+6
         A Belzébuthrendait sa vilaine âme, 4+6
315 Devers la placearrive un écuyer, 4+6
         Portant saladeavec lance dorée : 4+6
         Deux postillonsà la jaune livrée 4+6
         Allaient devant.C'était chose assurée 4+6
         Qu'il arrivaitquelque grand chevalier. 4+6
320 A cet objet,la belle Dorothée, 4+6
         D'étonnementet d'amour transportée : 4+6
         " Ah, Dieu puissant !se mit-elle à crier, 4+6
         Serait-ce lui !serait-il bien possible ! 4+6
         A mes malheursle ciel est trop sensible. " 4+6
325  Les Milanais,peuple très-curieux, 4+6
         Vers l'écuyeravaient tourné les yeux. 4+6
          Eh ! cher lecteur,n'êtes vous pas honteux 4+6
         De ressemblerà ce peuple volage, 4+6
         Et d'occupervos yeux et votre esprit 4+6
330 Du changementqui dans Milan se fit ? 4+6
         Est-ce donc làle but de mon ouvrage ? 4+6
         Songez, lecteurs,aux remparts d'Orléans, 4+6
         Au roi de France,aux cruels assiégeants, 4+6
         A la Pucelle,à l'illustre amazone, 4+6
335 La vengeresseet du peuple et du trône, 4+6
         Qui, sans jupon,sans pourpoint ni bonnet, 4+6
         Parmi les champscomme un centaure allait, 4+6
         Ayant en Dieusa plus ferme espérance, 4+6
         Comptant sur luiplus que sur sa vaillance, 4+6
340 Et s'adressantà monsieur saint Denys, 4+6
         Qui cabalaitalors en paradis 4+6
         Contre saint Georgeen faveur de la France. 4+6
          Surtout, lecteur,n'oubliez point Agnès, 4+6
         Ayez l'esprittout plein de ses attraits : 4+6
345 Tout honnête homme,à mon gré, doit s'y plaire. 4+6
         Est-il quelqu'unsi morne et si sévère, 4+6
         Que pour Agnèsil soit sans intérêt ? 4+6
          Et franchementdites-moi, s'il vous plt, 4+6
         Si Dorothéeau feu fut condamnée ; 4+6
350 Si le Seigneur,du haut du firmament, 4+6
         Sauva le jourà cette infortunée : 4+6
         Semblable casadvient très-rarement. 4+6
         Mais que l'objet votre cœur s'engage, 4+6
         Pour qui vos pleursne peuvent s'essuyer, 4+6
355 Soit dans les brasd'un robuste aumônier, 4+6
         Ou semble éprispour quelque jeune page, 4+6
         Cet accidentpeut être est plus commun ; 4+6
         Pour l'amenerne faut miracle aucun. 4+6
         Je l'avouerai,j'aime toute aventure 4+6
360 Qui tient de prèsà l'humaine nature ; 4+6
         Car je suis homme,et je me fais honneur 4+6
         D'avoir ma partaux humaines faiblesses ; 4+6
         J'ai dans mon tempspossédé des mtresses. 4+6
         Et j'aime encorà retrouver mon cœur. 4+6
mètre profil métrique : 4+6
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